Accueil triomphal pour des assiégés

Des tirs de kalachnikov en l’air, des « V » de la victoire et des vivats: des milliers d’habitants de Ghaza ont réservé vendredi un accueil triomphal à 26 combattants Palestiniens qui y ont été transférés après 39 jours passés dans la basilique de la nativité à Bethléem.
Un à un ou en petits groups, les 26 hommes, pour la plupart barbus, ont traversé lentement à pied le couloir couvert du terminal d’Erez, le principal point de passage entre Israël et la bande de Ghaza.
Aussitôt en territoire palestinien, certains d’entre eux effectuent une courte prière. D’autres embrassent le sol. A l’entrée de la partie palestinienne du terminal, ils ont été accueillis par une horde de journalistes, quelques responsables de la sécurité et une poignée de badauds, avant de s’engouffrer à bord d’un autocar qui les a ensuite emmenés dans un petit hôtel au bord de la mer dans la ville de Ghaza. Rassemblés des deux côtés de la route sur le parcours emprunté par le bus, des milliers d’habitants de la ville saluent les anciens assiégés d’un geste de la main ou en faisant le « V » de la victoire. Le buste sorti des fenêtres et agitant des keffiehs ou des corans, les combattants, dont 25 sont originaires de la Cisjordanie et un seul de Ghaza, répondent à la foule par des gestes de la main, le poing serré. Quand l’autocar s’immobilise dans un énorme embouteillage à l’entrée de Ghaza, les combattants et la foule se mettent à chanter d’une seule voix: « sur Jérusalem nous marchons par millions de martyrs », ou encore « nous sacrifions notre sang et notre âme pour les martyrs ». Emues, certaines femmes écrasent des larmes. Les bras en l’air, des enfants sautent près du bus pour toucher les mains de leurs héros. Des hommes habillés en civil et armés de kalachnikov tirent des rafales en l’air au passage du convoi, qui a coïnccidé avec la sortie des fidèles des mosquées après la grande prière du vendredi. Une dizaine de combattants interrogés par l’AFP ont affirmé avoir été battus et maltraités par une quinzaines de soldats israéliens qui les ont accompagnés dans le bus depuis Bethléem jusqu’à Ghaza. « Les soldats israéliens nous ont battus avec des matraques et humiliés pendant le voyage », a déclaré Souleimane Obeid Allah. Membre de brigades des martyrs d’Al-Aqsa, groupe armé lié au Fatah, le mouvement du président Yasser Arafat, Obeid Allah, originaire de Bethléem, où il a laissé son épouse, affirme que les assiégés de la nativité ont accepté d’être transférés à Ghaza où exilés à l’étranger « pour mettre fin aux souffrances des habitants de Bethléem ». « Pendant le siège, nous avons été amenés à manger des feuilles d’arbre et des herbes sauvages pour survivre », assure-t-il, les traits fatigués. « Je n’ai pas de proches à Ghaza, mais tous ses habitants sont pour moi une grande famille », se console Mazen Taher Hussein, originaire de Jénine, dans le nord de la Cisjordanie. « les soldats israéliens à bord du bus nous ont dit qu’ils nous envoyaient à Ghaza avant de l’envahir », affirme-t-il.
Israël a commencé jeudi à rappeler des réservistes en prévision d’une offensive dans la bande de Ghaza, en riposte à un attentat suicide qui a fait 16 morts, en plus de son auteur, mardi près de Tel-aviv. Originaire du camp de réfugiés d’Aïda, près de Bethléem, Nader Abou Hamadi à laissé derrière lui une femme enceinte et un fils, mais ne semble nullement contrarié par son « exil » à Ghaza.
« Ce compromis (mettant fin au siège de la nativité) est une décision du président Arafat et nous acceptons tout ce qu’il décide », dit ce membre des brigades de martyrs d’Al-Aqsa. Dans le petit hôtel, le seul combattant originaire de Ghaza est réuni avec son fils Mohammad, 8 ans, au milieu d’une meute de Journalistes.
Des centaines de curieux rassemblés dans la cour de l’hôtel se dispersent dans le désordre quand la pluie, inhabituelle en cette période de l’année, commence à tomber.

• Ezzedine Said (AFP)

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