Achat de voix : des élus devant la justice

Achat de voix : des élus devant la justice

Le ministre de la Justice et son collègue de l’Intérieur tiennent leur première affaire d’achat de voix où sont impliqués des conseillers RNI et MP à la Chambre d’agriculture d’Agadir, arrêtés en flagrant délit dans une villa à Témara. Les personnes interpellées  devaient être déférées devant la justice.
En fait, les autorités judiciaires doivent aller au-delà de l’apparent pour identifier les véritables acteurs de l’ombre de ce qui ressemble à une corruption électorale à grande échelle et sévir pour l’exemple. D’ores et déjà, nombre de personnalités locales dont l’ex-président du Conseil de la région, le RNI Mohamed Bouhdoud Boudlal, sont pointées du doigt. Ce dernier est soupçonné de “travailler“ pour la défaite de l’actuel patron de la Chambre d’agriculture qui n’est autre que l’Istiqlalien Haj Ali Kayyouh- qui fut RNI puis PND dans une autre vie partisane- et de favoriser, par tous les moyens, l’élection de “son“ candidat préféré, le MP Lahcen Abbad qui fait partie du lot des élus poursuivis en justice. Entre les deux chefs de file Ali Kayyouh et Mohamed Boudlal, gros exploitants agricoles de leur état, c’est la chronique d’une haine légendaire enracinée dans leur fief de Oulad Tayma à Taroudant. Un cas de la politique à la marocaine tellement complexe qui, pour être compris, a besoin de mobiliser la sociologie, selon les termes d’un député d’Agadir.
C’est que ces deux-là, qui passent leur temps à se neutraliser, ne se conçoivent pas en adversaires politiques, mais en ennemis irréductibles. Chaque rendez-vous électoral est une occasion pour qu’ils s’étripent tout en ne regardant jamais à la dépense ni en argent ni en énergie. Tout ce qui est bon pour battre l’un et ses protégés est entrepris par l’autre. Sans états d’âme. L’affaire de Témara ( collège électoral des Chambres professionnelles) n’est que la première étape d’une longue et dure bataille électorale ( tiers sortant de la deuxième Chambre, législatives de 2007…).
Et pourtant, c’est Kayyouh, en vieux briscard de la politique, qui avait parrainé le jeune Boudlal qui venait alors d’entrer à l’irrésistible RNI. Au début, les deux individus s’entendaient bien, se partageant Taroudant selon un modus vivendi clair dans leurs têtes. Si l’un se présentait au conseil provincial, l’autre postulait pour la commune… Et ainsi de suite. Mais la relation s’envenime dans les années 90, dès que leurs intérêts sont devenus antagoniques. Du coup, le conflit dégénère et déteint non seulement sur leurs familles respectives, mais sur toute la région de Souss-Massa-Draâ. « Les méthodes de M. Bouhdoud sont plus pernicieuses», juge un conseiller. Un autre renchérit : «A cause de leurs disputes profondes, ces deux hommes qui sont tout le temps à couteaux tirés, portent préjudice aux institutions où ils sont élus».
Domine ainsi le chassé-croisé des ambitions personnelles nourries constamment de cette volonté d’en découdre, très rarement à la loyale. Avec comme conséquence toute une région prise en otage par des pratiques peu claires.
Député depuis 1977, Mohamed Bouhdoud a savouré, à la suite des communales de 2003, une belle revanche en chassant Ali Kayyouh du conseil municipal de Oulad Tayma grâce à une alliance avec le PJD ! Le chef déchu, qui fait partie des députés ayant décidé de changer de Chambre, a riposté en enlevant au RNI la présidence du conseil provincial de Taroudant et celle de la Chambre d’agriculture de Ouarzazate. «Ce qui se passe entre MM. Kayyouh et Bouhdoud dépasse de très loin le cadre de la compétition politique», explique un élu local. «Ce conflit retarde la marche de notre région». Vivement un assainissement en profondeur !

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