Afrique : « Un tsunami par semaine »

Il aura fallu voir sur les écrans de télévision hommes, femmes et enfants emportés par des montagnes d’eau pour rappeler qu’en Afrique, de façon bien moins spectaculaire, on meurt de faim chaque jour, dans l’anonymat. C’est le message lancé, non seulement par M. Blair, la France, la Croix-Rouge et les ONG, mais aussi, très haut et fort, par les Nations unies.
Le coordinateur des opérations d’urgence de l’ONU, Jan Egeland, s’est fait l’avocat de l’Afrique à l’occasion d’une conférence des pays donateurs à Genève début janvier, tout en saluant la mobilisation « sans précédent » après le séisme et les raz de marée du 26 décembre en Asie, qui a suscité plus de 8 milliards de dollars de promesses de dons à travers le monde. « L’équivalent d’un tsunami frappe tous les cinq mois », en termes de victimes, la seule République démocratique du Congo (RDC), « et cela pourrait être évité », a-t-il déclaré. M. Blair avait déjà annoncé que l’Afrique constituerait une des priorités affichées de la présidence britannique du G8, qui a commencé au 1er janvier. Il l’a confirmé le 6 janvier: « Il y a l’équivalent d’un tsunami causé par l’homme et qu’il est possible d’éviter chaque semaine en Afrique », a-t-il insisté. « La malnutrition ou les maladies liées à l’eau font autant de morts chaque semaine qu’un seul tsunami » dans « certaines régions d’Afrique », a renchéri le ministre délégué français à la Coopération, Xavier Darcos.
Seulement, « certaines régions du monde sont plus populaires que d’autres », a reconnu M. Egeland. Et, dans le cas des raz de marée, « la présence de touristes occidentaux sur les plages, particulièrement en Thaïlande, a rendu la catastrophe plus proche des préoccupations des pays riches », a souligné Amy Barry, porte-parole de l’organisation britannique Oxfam. Si en 2003 l’Irak et la Tchétchénie ont reçu 91% de l’argent qui leur avait été promis dans les appels au secours de l’ONU, la proportion tombe à 54% pour la Côte d’Ivoire et à 45% pour le Liberia, selon elle. « Cela a été facile de couvrir l’appel de fonds pour le Kosovo, l’Irak et le tsunami. Cela a été un cauchemar pour couvrir ceux concernant l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique centrale », a confirmé M. Egeland. Les Nations unies ont lancé, fin novembre, un appel de fonds de 1,7 milliard de dollars pour répondre, en 2005, à 14 crises humanitaires, des « urgences oubliées » et qui affectent 26 millions de personnes, selon l’Onu. Douze de ces crises frappent l’Afrique. « J’espère que 2005 sera la première année où l’appel de fonds de l’ONU sera souscrit en totalité », a ajouté M. Egeland, soulignant qu’en 2004 les Nations unies « n’ont reçu qu’un tiers des sommes qu’elles avaient demandées pour sauver des vies ». « On espère que ce qui est donné pour le tsunami ne l’est pas en déduction de l’enveloppe à destination des pays africains », a commenté, vendredi à Addis Abeba, le porte-parole de la présidence de la Commission de l’Union africaine (UA), Adam Thiam.
« Le niveau actuel de l’assistance à l’Afrique est dramatiquement bas. Il faut la multiplier par quatre et annuler totalement la dette du continent », pour relancer la dynamique de l’Afrique, a-t-il ajouté. Face aux quelque 8 milliards de dollars de promesses de dons à travers le monde pour les victimes des raz de marée, le budget 2005 de l’Union africaine, pourtant quatre fois plus élevé que celui de 2004, culmine à… 158 millions de dollars.

• Gérard Vandenberghe (AFP)

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