Al-Qaïda-Tchéchènes : Idéologie similaire

« Indéniablement, Al-Qaïda et les moujahidine (combattants) tchétchènes partagent la même idéologie », mais « cela ne signifie pas qu’il existe un lien organisationnel entre les deux » groupes, estime Yasser Serri, le directeur de l’Observatoire islamique, basé à Londres. « Les Tchétchènes mènent le combat contre les occupants russes, alors que le combat d’Al-Qaïda s’inscrit dans un cadre planétaire et vise essentiellement les Etats-Unis », ajoute M. Serri. « Il existe certes des liens entre Al-Qaïda et les (indépendantistes) tchétchènes, dont plusieurs combattants ont participé à la guerre en Afghanistan et en Bosnie, mais leurs stratégies diffèrent », estime pour sa part Saâd Faqih, le chef du Mouvement islamique pour la réforme en Arabie (Mira, opposition basée à Londres). « Le combat des moujahidine (combattants) tchétchènes, dont la plupart des dirigeants se sont entraînés dans les camps d’Al-Qaïda en Afghanistan, se limite à la Tchétchénie et au Daguestan », ajoute M. Faqih, en relevant que la prise d’otages à Beslan, qui a fait au moins 335 morts, « n’a pas été revendiquée » par les séparatistes tchétchènes.
Le président séparatiste tchétchène, Aslan Maskhadov, a démenti de nouveau mardi tout rôle dans cette prise d’otages, en réaction aux « confessions » d’un ravisseur capturé vivant, affirmant que M. Maskhadov et un autre dirigeant séparatiste, Aslan Chamil Bassaïev, étaient à l’origine de l’opération. MM. Serri et Faqih relèvent que, dans le passé, Oussama Ben Laden et d’autres membres de son réseau, avaient plusieurs fois exprimé leur solidarité avec les Tchétchènes. Ainsi, en novembre 2001, le chef d’Al-Qaïda a déclaré dans une interview publiée par le quotidien pakistanais Dawn: « L’Amérique et ses alliés nous massacrent en Palestine, en Tchétchénie, au Cachemire, en Irak. Les Musulmans ont le droit d’attaquer l’Amérique en représailles ».
En juin 2002, le porte-parole du réseau, Souleiman Abou Ghaïth, soulignait dans un message sur le site Internet d’Al-Qaïda que le nombre de tués dans les attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis n’était qu' »une partie infime (…) face aux Musulmans tués en Palestine, en Somalie, au Soudan, aux Philippines, en Bosnie, au Cachemire, en Tchétchénie et en Afghanistan. La guerre contre les Etats-Unis ne fait que commencer ». A plusieurs reprises, Moscou avait soutenu que les rebelles radicaux de la mouvance formée par les chefs de guerre, le Saoudien Khattab, tué en mars 2002, et Bassaïev, étaient liés à Ben Laden et s’étaient entraînés à l’époque des Talibans en Afghanistan, dont ils recevaient des armes et de l’argent.
Après les attentats anti-américains du 11 septembre 2001, les autorités russes ont mis l’accent sur les liens entre « le terrorisme mondial » et les rebelles tchétchènes. Au surlendemain de ces attentats, le procureur général, Vladimir Oustinov, affirmait que la justice russe disposait de renseignements selon lesquels les extrémistes agissant en Tchétchénie étaient « financés par Ben Laden et d’autres organisations wahhabites ». Les liens présumés entre Al-Qaïda et les rebelles tchétchènes ont été aussi évoqués par les Etats-Unis qui ont appelé, en même temps, les Tchétchènes « à couper tout contact avec le réseau d’Oussama Ben Laden ».
Quelques jours plus tard, le ministre britannique des Affaires étrangères, Jack Straw déclarait qu’il n’y avait « pas de doutes » sur l’existence de liens entre des extrémistes tchétchènes et Ben Laden.

• Habib Trabelsi (AFP)

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