Algérie : Duel Bouteflika-Benflis

Les deux hommes ont, au cours de dizaines de meetings, déployé leurs talents d’orateurs pour convaincre des électeurs venus en nombre de choisir « la continuité dans le redressement » pour M. Bouteflika et « le changement par la modernité » pour son rival. M. Bouteflika a expliqué qu’il voulait un second quinquennat pour achever sa politique de réconciliation nationale qui a permis de « ramener la paix » en Algérie après plus de dix ans de violences qui ont fait plus de 100.000 morts. Il entend aussi poursuivre les réformes économiques pour faire entrer le pays dans la mondialisation, après plus de 30 ans de socialisme d’Etat. De son côté, M. Benflis qui s’appuie sur la machine électorale du Front de Libération nationale (FLN, ex-parti unique), dont il est le patron, a axé sa campagne sur « les échecs » de son rival et « la gestion catastrophique » de son quinquennat. Il a estimé que ce mandat a été marqué par « le clanisme » et « la dictature », promettant de placer aux commandes de l’Etat « des hommes intègres et propres ». M. Benflis a été le chef du gouvernement de M. Bouteflika d’août 2000 à mai 2003. Il avait dirigé la campagne électorale du président sortant lors de l’élection d’avril 1999. Des centaines de meetings, des interventions à la télévision et à la radio ont permis aux six candidats, dont une femme, de s’exprimer avec une très grande liberté de ton. La candidate du Parti des travailleurs (PT-extrême gauche), Louisa Hanoune, est la première femme à briguer la présidence de l’Etat en Algérie et dans le monde arabe. En outre, ces trois semaines de campagne ont vu une débauche d’affichage, souvent sauvage, des portraits des candidats, plus particulièrement ceux de MM. Bouteflika et Benflis, ainsi que des tags parfois outranciers et insultants. Cette élection est la troisième présidentielle pluraliste depuis l’indépendance de l’Algérie en 1962, après celles de 1995 et 1999 qui avaient vu la victoire du général Liamine Zéroual puis d’Abdelaziz Bouteflika.
L’Algérie, qui a vécu de 1962 aux émeutes sanglantes d’octobre 1988 sous la férule du parti unique du FLN, a instauré le multipartisme en 1989. Cette élection est voulue par les autorités et les six candidats comme une occasion d’entrer de plain-pied dans la démocratie en en faisant un exemple de « transparence » et « d’honnêteté ». Les deux précédentes avaient été entachées de fraude. La loi électorale a été amendée pour permettre aux candidats et à leurs représentants de surveiller les bureaux de vote et les urnes du début du scrutin au dépouillement et d’avoir des « copies conformes » des procès-verbaux. Les candidats se sont jetés dans la bataille, sillonnant les 48 départements du pays, faisant parfois jusqu’à trois ou quatre meetings par jour, dans une atmosphère souvent festive et bon enfant. Le passage de M. Bouteflika à Tizi Ouzou (Kabylie, 110 km à l’est d’Alger), a, cependant, provoqué des émeutes. La Kabylie est en fronde ouverte contre le pouvoir central d’Alger depuis les émeutes d’avril 2001 qui avaient fait une centaine de morts et des centaines de blessés. Une partie des âarchs (tribus kabyles), fer de lance de la contestation dans cette région, a appelé au boycott. Outre MM.
Bouteflika, Benflis, et Mme Hanoune, sont également en lice Saïd Sadi, chef du Rassemblement pour la Culture et la Démocratie (RCD, opposition laïque), Abdallah Djaballah, président du Mouvement de la Réforme nationale (MRN, islamiste radical), et Ali Fawzi Rebaïne, président d’Ahd-54, un petit parti nationaliste.

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