Algérie : Fin de la campagne électorale

Les deux hommes ont, au cours de dizaines de meetings, déployé leurs talents d’orateurs pour convaincre des électeurs venus en nombre de choisir « la continuité dans le redressement » pour M. Bouteflika et « le changement par la modernité » pour son rival. M. Bouteflika a expliqué qu’il voulait un second quinquennat pour achever sa politique de réconciliation nationale qui a permis de « ramener la paix » en Algérie après plus de dix ans de violences qui ont fait plus de 100.000 morts. Il entend aussi poursuivre les réformes économiques pour faire entrer le pays dans la mondialisation, après plus de 30 ans de socialisme d’Etat.
De son côté, M. Benflis qui s’appuie sur la machine électorale du Front de libération nationale (FLN, ex-parti unique), dont il est le patron, a axé sa campagne sur « les échecs » de son rival et « la gestion catastrophique » de son quinquennat. La candidate du Parti des travailleurs (PT-extrême gauche), Louisa Hanoune, est la première femme à briguer la présidence de l’Etat en Algérie et dans le monde arabe.
En outre, ces trois semaines de campagne ont vu une débauche d’affichage, souvent sauvage, des portraits des candidats, plus particulièrement ceux de MM. Bouteflika et Benflis, ainsi que des tags parfois outranciers et insultants. Cette élection est la troisième présidentielle pluraliste depuis l’indépendance de l’Algérie en 1962, après celles de 1995 et 1999 qui avaient vu la victoire du général Liamine Zéroual puis d’Abdelaziz Bouteflika.
Le président sortant, Abdelaziz Bouteflika, a achevé lundi sa campagne électorale à Alger par un rassemblement de plusieurs milliers de personnes, devant lesquelles il a dressé un bilan positif de son quinquennat. La salle Harcha, une salle de sport, était archi-comble avec beaucoup de provinciaux acheminés par cars spéciaux. « La chance fait partie des instruments de réussite d’un président », a-t-il remarqué à l’adresse de ses adversaires, selon lesquels la bonne santé financière de l’Algérie est seulement imputable à l’augmentation des cours des hydrocarbures. M. Bouteflika a aussi estimé que le retour de la sécurité dans le pays, après des années de violence, est le produit de sa politique de concorde civile qui a permis à des milliers de combattants islamistes de déposer les armes en échange de leur amnistie. « Le peuple avait voté pour la paix en 1999, a-t-il martelé, faisant allusion au référendum de septembre 1999 sur sa politique de concorde civile. Il a aussi fustigé les « extrémistes » se réclamant « de l’islamisme ou de la laïcité »: « Quelle est la religion qui permet aux gens de violer, de tuer? », a-t-il notamment demandé. M. Bouteflika est notamment soutenu par le Rassemblement national démocratique (RND) et le Mouvement de la Société pour la Paix (MSP, islamiste modéré).
Quant à son principal adversaire, Ali Benflis, il a reçu lundi un accueil chaleureux en Kabylie, qui a semblé l’exonérer de toute responsabilité pour les émeutes du printemps 2001 alors qu’il était chef du gouvernement. M. Benflis a imputé la responsabilité des violences du « printemps noir », qui avaient fait une centaine de morts et plus de 2.000 blessés, au président Abdelaziz Bouteflika, dont la visite la semaine dernière à Tizi Ouzou, a été marquée par de nouvelles émeutes.
Lundi, quelque 5.000 à 6.000 personnes, femmes et hommes de tous âges, ont accueilli M. Benflis dans un stade où régnait une ambiance festive, au son des ghaïta (binious) et tambours. La sono diffusait des chansons inspirées par le nom du candidat Benflis qui rime avec avec ra’ïs (président en arabe). Une femme lui a remis un burnous blanc, symbole de la région. M. Benflis, principal adversaire d’Abdelaziz Bouteflika, a consacré l’essentiel de son discours à la crise secouant la Kabylie depuis la mort d’un jeune lycéen, Massinissa Guermah, dans une gendarmerie, le 18 avril 2001.
« Massinissa est un martyr de la démocratie », a-t-il martelé, en demandant une minute de silence à la mémoire des victimes du « printemps noir » tous « martyrs de la démocratie et de la citoyenneté ». « L’Etat algérien doit reconnaître sa responsabilité dans les injustices commises dans cette région », a-t-il affirmé. « Benflis président, pouvoir en prison », répond l’assistance. « Vous n’êtes pas coupable », disent quelques voix féminines. Le candidat s’est engagé, s’il était élu, à faire du règlement de la crise de la Kabylie un dossier prioritaire de son mandat.

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