Algérie : La presse a des soucis à se faire

Les autorités ont décidé, sans aucune explication, « le gel provisoire » des activités d’Al-Jazira, alors que plusieurs correspondants de la presse étrangère n’ont pas encore obtenu leur carte d’accréditation, selon des journaux qui qualifient cette situation de « suspension déguisée ».
C’est la première fois que la presse étrangère est touchée par une mesure de suspension, depuis l’arrivée au pouvoir de M. Abdelaziz Bouteflika en avril 1999.
Des journaux algériens s’étaient plaints par le passé du mépris du président Bouteflika pour la presse nationale et de sa propension à « courtiser » les médias étrangers, leur réservant déclarations et entretiens.
En outre, de nouvelles dispositions, édictées par le gouvernement concernant cette profession, notamment l’interdiction à un journaliste algérien d’exercer pour plusieurs organes étrangers, ont été perçues jeudi par des journaux comme « une nouvelle entrave à la liberté de la presse ».
Les démêlés de la presse privée algérienne avec les autorités, notamment le président Bouteflika, remontent à l’arrivée de celui-ci à la tête de l’Etat en 1999. Ils n’ont pas cessé depuis ; elles s’amplifient-même.
Au lendemain de la réélection triomphale de M. Bouteflika, avec près de 85% des suffrages, le 8 avril dernier, des journaux avaient exprimé leur inquiétude. « Il fallait quelque talent pour réaliser ce vieux rêve (NDLR: se faire réélire), du talent mais aussi beaucoup de cette mégalomanie qui fait les grands tyrans et dont, visiblement, Bouteflika n’est pas dépourvu », a estimé “Le Matin”, farouchement opposé au chef de l’Etat. Son directeur, Mohamed Benchicou, croupit en prison depuis le 14 juin, pour une affaire « fabriquée », selon ce journal, d’infraction à la réglementation des changes. “Le Soir d’Algérie”, également farouchement opposé à M. Bouteflika, n’a pas hésité à qualifier cette réélection de « coup d’Etat », alors que “Liberté” évoquait « un hold-up électoral ».
Le directeur du groupe de presse “Er-Raï El-Am”, Mohamed Benaoum, est également en prison ainsi qu’un correspondant local, Hafnaoui Ghoul. Le président Bouteflika avait pourtant affirmé, en mai dernier sa « détermination à veiller à la liberté d’expression » en Algérie.
« Nous voulons marquer, encore une fois, avec force, notre détermination à veiller à l’exercice effectif, par tous, de la liberté d’expression, en droite ligne de la déclaration universelle des droits de l’Homme », avait-il affirmé dans un message à la presse.
Il avait cependant déclaré lors de la campagne électorale en mars que « le mal que cette presse a fait au pays est comparable à celui des terroristes, et nous ne pouvons dialoguer avec ceux qui versent de l’huile par la plume assassine ».
« Les journalistes de cette presse ne sont pas des nationalistes, s’ils sont des nationalistes alors je ne le suis pas. Je les renie », avait-il martelé lors d’un meeting.
El Khabar, plus gros tirage de la presse algérienne avec 500.000 exemplaires, Le Matin, Liberté, El Watan, Le Soir d’Algérie, El Fadjr (L’Aube) et Akhar Sâa, sont les plus farouches adversaires de M. Bouteflika. Ces journaux représentent plus de 80% du tirage de la presse quotidienne algérienne comptant une quarantaine de titres.
Malgré la fin du monopole sur la presse en 1989, l’Etat garde le contrôle de la télévision, de la radio et de plusieurs journaux publics.

• Boubker Belkadi (AFP )

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