Algérie : Prudence et circonspection

Candidat à sa propre succession, le président sortant, Abdelaziz Bouteflika, qui avait disposé d’une avance sur ses adversaires, en engageant la campagne avant l’heure, lors de visites d’inspection officielles dans le pays, espère bien rafler la moitié des suffrages, dès le premier tour.
Ses adversaires, du moins, les plus redoutables, que sont Ali Benflis et Saâd Abdallah Jaballah, estiment pour leur part, que leurs chances de remporter la victoire dès le premier tour restaient intactes. Le secrétaire général du FLN, M. Benflis, qui a obtenu le ralliement à sa cause de plusieurs personnalités politiques de taille, notamment l’ancien chef de gouvernement Sid Ahmed El Ghozali, Anissa Boumédienne, Veuve de Boumédienne, ainsi que l’ancien président Liamine Zeroual, est un sérieux challenger du président Bouteflika.
Ali Benflis, qui était chef de gouvernement, lors du printemps noir kabyle en 2001, n’a pas eu lundi de difficultés pour organiser et tenir son meeting à Tizi Ouzzou, la capitale kabyle, qui, quelques jours plus tôt, a été le théâtre d’émeutes, en marge d’un meeting du président Abdelaziz Bouteflika. Le dirigeant islamiste Abdallah Jaballah se prévaut, lui aussi, du triomphe, dès le premier tour, si la consultation est entourée de toutes les garanties de transparence et de sincérité.
Abdallah Jaballah, dont le parti, siégeant au parlement, avait initié la suspension des bureaux de vote spéciaux, réservés jadis au vote des militaires dans les casernes, n’est pas assuré du soutien des islamistes algériens, qui sont partagés entre le soutien au président sortant et à Ali Benflis. Mais, cet handicap n’a pas affaibli pour autant ses capacités de mobilisation. Ahmed Taleb Ibrahimi, l’ancien ministre des affaires étrangères de Chadli Benjdid, qui canalise une partie de l’électorat islamiste, a apporté son soutien à Ali Benflis, alors que le parti du défunt Cheikh Mahfoud Nahnah (mouvement de la société pour la paix) a rallié la coalition présidentielle pour soutenir le président Bouteflika. S’il montre une ouverture sur tous les dossiers, Abdallah Jaballah reste intraitable sur la question de la femme.
Il s’oppose à tout amendement du code de la famille, qui tendrait à abolir les références à la Charia. Il est favorable à une augmentation de l’allocation due à la femme, actuellement de 400 dinars. Louisa Hanoune, la première femme algérienne à briguer la magistrature suprême et la deuxième femme arabe à s’engager dans la course aux présidentielles, après une Mauritanienne, a montré de très fortes capacités de mobilisation. Siégeant au parlement, Louisa Hanoune a développé un programme « progressiste », fustigeant l’adhésion à l’OMC et la signature d’un accord d’association avec l’Union européenne et s’opposant au remboursement de la dette extérieure de l’Algérie, dans le cadre de ales entre les pays débiteurs et avec les créanciers. Pendant toute sa tournée, la femme qui a exploité au mieux son temps de parole à la télévision, au titre des spots télévisés de la campagne électorale, a également fustigé la privatisation des entreprises nationales et l’octroi au capital étranger d’avantages spéciaux pour l’inciter à venir investir en Algérie.
Louisa Hanoune se défend de représenter la femme aux élections présidentielles. Elle est la candidate du parti des travailleurs pour les présidentielles, souligne-t-elle. Seul Bouteflika a eu à plusieurs reprises le courage, la courtoisie et la galanterie de dire à ses auditeurs qu’ils avaient à choisir le président ou la présidente de leur choix. Jaballah avait par contre exclu d’office l’éventualité que les Algériens puissent se donner une présidente. Il a souligné que des menaces étrangères graves guettaient l’Algérie, appelant ses concitoyens à oeuvrer pour le succès du scrutin du 8 avril, afin d’éviter des interventions étrangères. Sur tous ces points, son discours n’est pas seulement unique, mais se démarque totalement de celui de ses adversaires, alors que Ali Fawzi Rébaine, du parti AHD 54 (engagement et fidélité à la révolution de novembre 1954), qui mobilise peu de troupes, a axé sa campagne sur la dénonciation de la présence des harkis (collaborateurs de l’ancienne puissance coloniale) dans les rouages de l’Etat, la double nationalité, l’enrichissement sans cause et l’injustice qui est faite y compris aux familles des anciens résistants.
Par contre, Bouteflika propose aux Algériens « la continuité » contre l’aventurisme, en faisant valoir son bilan, aux plans économique, social, sécuritaire et diplomatique. Benflis conteste ce qu’il appelle la tendance au totalitarisme au sommet du pouvoir et s’engage à consolider l’Etat de droit, renforcer les droits de l’Homme, protéger la liberté de la presse et soutenir la libéralisation du champ audiovisuel. Said Saadi, qui table plus sur le soutien de sa région natale (3 millions d’électeurs), prône des choix libéraux, dans tous les domaines, en préconisant notamment le retour au week-end européen (samedi et dimanche), avec des aménagements pour la prière hebdomadaire de vendredi, comme au Maroc.
Les chances de Bouteflika de triompher au premier tour restent conditionnées au score de ses adversaires. Si ses adversaires font le plein au premier tour, y compris en Kabylie, un deuxième tour serait alors inévitable, et dans cette hypothèse, ses adversaires, regroupés autour du plus fort, auraient toutes les chances de remporter haut la main la victoire finale. Les partisans du président sortant affirment que Bouteflika n’ira pas à un deuxième tour et que l’issue du scrutin sera décidée dès le 8 avril. Mais, cet objectif est également celui de Ali Benflis et de Abdallah Jaballah.

• Taieb Dekkar (MAP)

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