Anti-américanisme croissant en Arabie

Cet action sans précédent -c’est la première fois qu’une mission diplomatique est visée sur le sol saoudien- a avant tout prouvé que les islamistes radicaux se réclamant d’al-Qaïda peuvent encore frapper où bon leur semble, malgré la traque féroce dont ils sont l’objet et les coups qui leur ont été infligés par les forces de sécurité.
Le soutien au terrorisme d’al-Qaïda au sein de la population saoudienne est difficile à évaluer, mais plusieurs analystes indépendants affirment qu’il est très faible et va en diminuant. C’est du moins la position des autorités, qui décrivent ces radicaux comme une « minorité d’égarés ».
« Je ne pense pas que le soutien dont ils bénéficiaient il y a un an existe encore », commente ainsi cheikh Mohsen al-Awaji, un islamiste modéré. « Al-Qaïda affirme viser des cibles américaines, mais les victimes hier n’étaient pas américaines », dit-il dans une référence au fait que les morts de Djeddah (entre 9 et 13, suivant les bilans) n’incluent aucun Américain.
« Mon impression est que ce groupe n’a pas un gros soutien, bien que certains aient de la sympathie pour lui », renchérit l’analyste Khalid al-Dakhil. L’Arabie est le pays d’origine d’Oussama ben Laden, le chef d’al-Qaïda. En outre, 15 des 19 terroristes auteurs des attentats anti-américains du 11 septembre 2001, revendiqués par ben Laden, étaient saoudiens, ce qui avait eu un profond impact sur les relations américano-saoudiennes.
Lundi, le président américain George W. Bush a chaleureusement remercié le gouvernement saoudien pour l’intervention des forces de sécurité du royaume à Djeddah.
Pour sa part, Ryad a réitéré dans des termes très fermes sa détermination à « traquer ceux qui ont recours au terrorisme jusqu’à ce qu’ils soient éradiqués ». Mais sa tâche est difficile.
« Il y a un environnement culturel (en Arabie) qui est propice à la radicalisation », explique M. Dakhil, professeur de sciences politiques à l’université du Roi Saoud, qui se définit comme libéral.
« Je fais référence au système d’éducation et à une tendance à examiner les problèmes (…) d’un point de vue religieux, et parfois d’un point de vue religieux étriqué », poursuit-il. Bref, il y a là, selon lui, un terreau pour l’extrémisme.
En outre, la politique américaine, notamment la poursuite de l’occupation de Irak, est à l’origine d’une radicalisation de certains jeunes Saoudiens, qui ont ainsi franchi la frontière avec l’Irak pour prêter main forte à ceux qui combattent l’armée américaine dans ce pays ou ont été arrêtés alors qu’ils s’apprêtaient à le faire. En novembre, 26 oulémas saoudiens de renom, dont certains proches du gouvernement, avaient publié une « fatwa » (décret religieux) appelant les Irakiens à « la résistance contre les occupants ».
Cheikh Awaji estime que « la vaste majorité des Saoudiens sont opposés à la politique américaine », bien que leur pays soit un allié de Washington. Après la réélection de M. Bush à la Maison Blanche, « les Saoudiens considèrent que les Américains soutiennent cette administration, et cela créera des ennuis pour les Américains partout », poursuit-il.
La situation en Irak « alimente les sentiments anti-américains ici et dans la région », déclare également M. Dakhil, qui se dit toutefois convaincu que cet anti-américanisme croissant ne se traduit pas par un soutien accru pour le terrorisme d’al-Qaïda.
« Les gens sont anti-américains, mais la majorité ne pense pas que c’est la bonne manière de s’opposer à la politique américaine dans la région », affirme-t-il.

• Christian Chaise (AFP )

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