Arabie : L’inquiétude des occidentaux

« C’est trop peu et c’est trop tard », résume mardi un homme d’affaires britannique en soulignant qu’Abdel Aziz al-Mouqrin, qui a été abattu ainsi que trois de ses complices par les forces de sécurité vendredi soir à Riyad, a déjà été remplacé par Saleh al-Oufi, un ex-officier de la police et ancien gardien de prison.
« Nous pourrions avoir une période de calme, le temps qu’ils (les terroristes) se regroupent ou parce que beaucoup d’expatriés sont en vacances, Riyad sera gagnée par la léthargie estivale, mais ensuite, il y aura une autre attaque », prédit ce Britannique de 42 ans.
Signe des temps, lui-même et d’autres Occidentaux ont accepté de parler, seulement sous couvert d’anonymat, arguant de « la nécessité de ne pas attirer l’attention » ou des consignes de leurs compagnies leur interdisant de parler à la presse. Al-Mouqrin et ses compagnons ont été abattus peu après que leur groupe, « Al-Qaïda dans la péninsule Arabique », eut publié sur des sites Internet islamistes des photos de la décapitation de l’otage américain Paul Marshall Jonhson, qui avait été enlevé le 12 juin à Riyad. Cet assassinat a été le summum de la série d’attaques anti-occidentales, débutée en mai. « Al-Qaïda dans la péninsule arabique » et des groupes extrémistes qui lui sont liés, accusés d’implication dans la vague d’attentats suicide lancés depuis treize mois dans la capitale saoudienne, ont revendiqué la plupart de ces attaques. Plusieurs ressortissants occidentaux semblent particulièrement inquiétés par une information attribuée par un site Internet à Al-Qaïda, selon laquelle les ravisseurs ont bénéficié d’une collaboration au sein des services de sécurité pour l’enlèvement de Johnson. « J’ai appris que les forces de sécurité ont été infiltrées (par Al-Qaïda).
Ceci rend difficile de savoir qui est du bon côté », estime une hôtesse de l’air suisse de 35 ans, employée par une personnalité saoudienne. Elle avoue prendre soin désormais de couvrir ses cheveux blonds dès qu’elle sort de l’hôtel, ce qu’elle a pratiquement cessé de faire, sauf pour se rendre à l’aéroport. Quelques Occidentaux se font pousser la barbe ou arborent la coiffe traditionnelle locale, pour tenter de dissuader leurs assaillants éventuels.
Bon nombre d’expatriés font varier leurs itinéraires et leurs horaires de travail, certains restent la plupart du temps cloîtrés dans leurs maisons dans les complexes résidentiels.
Pour ce résident américain, l’allégation concernant la présence de sympathisants d’Al-Qaïda au sein de la police est un fait avéré.
« Même si je me sens mieux après la mort d’al-Mouqrin, il s’avère maintenant qu’il a une complicité au sein de la police… Nous prévoyons cela depuis longtemps.
Dois-je désormais m’arrêter à chaque barrage ? », s’interroge-t-il. Cet expert en langue anglaise de 42 ans compte revenir en Arabie saoudite en août, après ses vacances d’été aux Etats-Unis.
« Mais j’ai fait embarquer mon chien et tout ce que j’ai de plus précieux, au cas où je devrais quitter le royaume en catastrophe », confie-t-il à l’AFP. Le conseiller diplomatique du Prince héritier saoudien Abdallah, Adel Al-Joubeir, a pourtant jugé lundi improbable qu’Al-Qaïda ait pu infiltrer les forces de sécurité.
« Nous n’avons pas de preuve, rien qui puisse mettre en évidence une quelconque collaboration entre les services de sécurité et les terroristes », a déclaré M. Joubeir sur la chaîne de télévision satellitaire américaine CNN.

• Lydia Georgi (AFP)

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