Arafa, moment fort du Hadj

Les pèlerins ont été convoyés, dès le lever du soleil, à bord de plus de 20.000 bus depuis la plaine de Mina, où ils avaient passé la nuit dans des tentes. Installés dans des tentes à Arafa, les pèlerins ont passé la journée à prier et à implorer le pardon de Dieu. Des dizaines de milliers d’entre eux se sont entassés dans la mosquée de Namera, bâtie sur le site où le prophète Mahomet avait prié en effectuant le pèlerinage, il y a 1.415 ans. « Me voici répondant à Ton appel, Seigneur, me voici. Tu n’as pas d’associé, à Toi les louanges, de Toi les faveurs et la royauté n’appartient qu’à Toi », répétaient les fidèles sous les tentes ou en se déplaçant à pied par petits groupes.
Les hommes portent l' »ihram », deux simples pièces d’étoffe non cousues, alors que les femmes, voilées, sont vêtues de longues robes. Les plus zélés escaladent, malgré les mises en garde de religieux saoudiens, le « mont de la Miséricorde », une colline rocailleuse où le prophète Mahomet se serait prosterné. « O nation de l’islam, des campagnes militaires, idéologiques, économiques et médiatiques sont menées contre l’islam et notre nation est qualifiée de terroriste », a déclaré le mufti de l’Arabie saoudite, cheikh Abdelaziz Al-Cheikh, dans son prêche dans la mosquée de Namera, diffusé par haut-parleurs dans tous les campements. »Les musulmans ont aussi été qualifiés d’arriérés, de violeurs des droits de l’Homme et de la liberté alors que l’islam est une religion de la justice, de l’équité et des droits », a ajouté le grand mufti, qui préside le Conseil des grands oulémas de l »Arabie saoudite, la plus haute autorité religieuse dans le royaume. Il a également dénoncé « les faux slogans de défense des droits de l’Homme utilisés comme prétexte pour exploiter la nation islamique et la contrôler ». Sur le mont, des marchands des quatre saisons vendaient bananes, oranges et raisins aux fidèles, alors que des associations de charité saoudiennes leur distribuaient gratuitement repas et boissons.
Une foule a roué de coups un voleur à la tire pris la main dans la poche, avant de le livrer à la police. Mohamad Tahrio, un maçon nigérian de 28 ans, effectue le pèlerinage pour la première fois. « Je suis ravi d’être ici. Je vais prier pour qu’Allah me donne longue vie et de l’argent », a-t-il avoué. Venu d’un Irak dévasté par la violence, Amer Abbas, 45 ans, dit avoir retrouvé la sérénité dans ce voyage spirituel. « J’implore Dieu de faire sortir les Américains de notre pays et de mettre fin à l’occupation », a-t-il dit. « Les Américains sont responsables de toutes les destructions qui ont frappé notre pays », a ajouté M. Abbas, qui se vante d’être originaire de « Diyala, dans le triangle sunnite qui résiste à l’occupation ». Ahmad Abdelkarim, peintre en bâtiment égyptien installé en Arabie saoudite, effectue le pèlerinage pour la 11e fois. Ne disposant pas du permis saoudien théoriquement nécessaire pour faire le hadj, M. Abdelkarim, 37 ans, n’a pas trouvé de place dans les campements des pèlerins à Arafa et a passé la journée sous une minuscule tente de camping dressée sur un trottoir. « Je vais prier pour que Dieu nous débarrasse des juifs en Palestine », a-t-il déclaré. Khiari Mansouri, un Algérien de 64 ans, voulait, lui, prier « pour que Dieu donne la victoire aux musulmans contre les mécréants ». Vendredi et samedi, les fidèles retourneront à Mina pour lapider trois piliers représentant Satan ; c’est l’ultime rite du pèlerinage, mais aussi le plus périlleux. Des bousculades ont fait des centaines de morts ces dernières années, dont 251 en 2004.

• Ezzedine Saïd (AFP)

Articles similaires

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *