Arafat de nouveau acculé

Le Président palestinien Yasser Arafat se retrouvait de nouveau acculé mercredi, au moment où Israël préparait sa riposte à un attentat meurtrier qui a relancé l’idée de son bannissement. Arafat a condamné l’attentat suicide, revendiqué par le mouvement islamiste Hamas, qui a fait 16 morts, outre son auteur, dans une salle de billard près de Tel-Aviv, et ordonné à ses services de sécurité d’empêcher « toutes les opérations terroristes » contre les civils israéliens. Cette démarche a toutefois peu de chance d’empêcher des représailles d’Israël, dont le premier ministre Ariel Sharon, qui a écourté une visite à Washington, a directement mis en cause Arafat.
Sharon a convoqué son cabinet à 22h heures locales (19h GMT) dans une base aérienne pour décider de la réponse à donner à l’attentat, le premier en Israël depuis le 12 avril. Des membres de sa délégation, cités par la radio, ont indiqué que Sharon allait discuter avec son cabinet de l’éventuelle expulsion de Arafat des territoires palestiniens, bien que cette option ne fasse pas l’unanimité au sein du gouvernement.
Plusieurs analystes mettent cependant en doute l’utilité d’une nouvelle offensive israélienne en Cisjordanie après l’opération « rempart » lancée le 29 mars, au cours de laquelle l’armée israélienne a réoccupé la plupart des villes autonomes palestiniennes et assiégé Arafat dans son quartier général à Ramallah.
Il font valoir que même au plus fort de cette opération, les attentats anti-israéliens n’avaient pas totalement cessé. Selon l’analyste palestinien Ghassan Khatib, seule une solution politique peut mettre fin à la crise et à l’engrenage de la violence. « Arafat ne peut rien faire à présent, il n’a plus de service de sécurité et je pense qu’il est maintenant hors jeu en ce qui concerne la violencce », a dit à l’AFP Khatib, directeur du Jerusalem Media and Communication Center (JMCC).
« On ne doit pas demander aux Palestiniens et aux Israéliens de mettre fin à la violence, mais leur présenter une initiative politique convainquant les Israéliens qu’ils auront la sécurité et les Palestiniens qu’il y aura un règlement pacifique pour mettre fin à l’occupation », ajoute-t-il.
Pour un autre analyste palestinien, Khalil Chikaki, « Israël doit prendre conscience qu’il ne peut pas attaquer les forces de sécurité palestiniennes et demander par la suite à Yasser Arafat de maintenir la sécurité ». « Ceux qui mènent des attaques le font parce qu’ils fonctionnent ainsi et Arafat n’a pas les moyens de les empêcher », dit-il. Dans un communiqué publié peu après l’attentat, l’autorité palestinienne a affirmé que le moment choisi pour l’attentat de Rishon-le-zion, pendant que Sharon était reçu par le président américain George W. Bush, « ne sert qu’à renforcer les allégations d’Israël, qui prétend que les Palestiniens ne veulent pas la paix ».
L’autorité s’est engagée à « prendre des mesures dissuasives contre tous ceux impliqués dans l’attentat », tâche qui s’annonce ardue, voire impossible, compte tenu de l’état de déconfiture de ses services de sécurité après l’offensive israélienne. Quelques heures avant l’attentat, le chef d’Etat-major de l’armée, le général Shaoul Mofaz, avait menacé les Palestiniens d’une « nouvelle opération plus large et plus profonde » en cas de poursuite des attentats.
Lors d’une conférence de presse tenue juste avant son départ précipité de Washington, Sharon a pour sa part indiqué avoir dit au vice-président américain Dick Cheney que l’attentat « n’était pas le genre d’événement qu’Israël peut laisser sans réponse ».
« Celui qui parle de millions de martyrs est coupable, celui qui lance des appels à la violence est coupable, celui qui finance le terrorisme est coupable, celui qui envoie des terroristes commettre des attentats est coupable », a-t-il martelé à propos de Arafat.

• Chris Foley (AFP)

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