Arafat plie mais ne rompt pas… encore

Agé de 74 ans, le président de l’Autorité palestinienne a pourtant franchi obstacle sur obstacle en 35 ans à la tête du mouvement palestinien et des millions de Palestiniens voient toujours en lui un symbole de la lutte contre l’Etat hébreu. De plus, il n’y a tout simplement personne de stature équivalente pour le remplacer.
Enfermé dans son QG de la Moukataâ à Ramallah (Cisjordanie), Arafat a assisté au cours de la semaine écoulée à une série d’émeutes, d’enlèvements, de démissions et de manifestations anticorruption. Une situation qualifiée de « chaotique » par le Premier ministre Ahmed Qoreï, qui a jeté une nouvelle fois sa démission au visage du raïs, qui l’a refusée.
Un parlementaire palestinien a confié, sous couvert d’anonymat, qu’Arafat avait offert à Qoreï -alias Abou Ala- d’avoir un peu plus son mot à dire, notamment dans le domaine stratégique de la sécurité. Mais des observateurs palestiniens se montrent sceptiques. « Abou Ala restera en poste. Il jouira d’un peu plus de marge de manoeuvre, mais pas suffisamment pour gouverner. Et Arafat continuera d’être le maestro de la tactique et de la survie », prédit Mahdi Abdel Hadi, directeur du centre d’études PASSIA.
Si les Palestiniens avaient enregistré un succès diplomatique mardi quand l’Assemblée générale de l’ONU a condamné l’érection du mur de sécurité israélien, leur joie a été douchée le même jour avec les propos très durs de l’émissaire onusien, Terje Roed-Larsen. Accusant M. Arafat de « manque de volonté politique » en matière de réforme politique et de lutte antiterroriste, le diplomate norvégien avait parlé de « passivité » et d' »inaction ».
Cette sortie d’un homme pourtant apprécié des Palestiniens a été suivie par l’enlèvement embarrassant de deux responsables de la sécurité palestinienne et de quatre travailleurs humanitaires français à Gaza. Des émeutes ont également éclaté dénonçant la corruption et l’absence d’Etat de droit prévalant dans les territoires depuis le retour d’exil d’Arafat, il y a dix ans.
« On appelle ça l’Intra-fada », résume en un jeu de mots Bassem Aïd, directeur du Groupe palestinien de surveillance des droits de l’Homme. Un mouvement né, selon lui, « contre la violence qui s’accroît au sein de l’Autorité palestinienne ». Les Gazaouis sont notamment sortis dans la rue pour protester contre la nomination à la tête de la Sécurité publique d’un cousin d’Arafat accusé de corruption. On a ainsi pu lire sur une banderole: « Le dirigeant doit écouter son peuple, lui qui le respecte et l’aime ». Une révolte qui est également synonyme de lutte de pouvoir à l’approche du retrait israélien de la Bande de Gaza, certaines des manifestations ayant été lancées par de jeunes partisans de l’ex-ministre délégué à la Sécurité intérieure, Mohammed Dahlan.
Arafat a bien fait des concessions, rappelant à la tête de la Sécurité générale Abdelrazak Majaïda et limogeant le chef de la police Ghazi Jabali. Mais il a refusé de renvoyer son cousin Moussa, fraîchement nommé à la tête de la sécurité à Gaza, et de réorganiser le Comité exécutif de l’OLP, ont confié des membres à l’Associated Press. Le Conseil législatif palestinien, qui a menacé un temps de faire grève, a finalement créé une commission chargée de soumettre des propositions à Arafat.
Tout semble donc montrer que le dirigeant palestinien pense qu’il peut encore mater l’opposition interne comme il l’a toujours fait. Mais la colère populaire a été vive lorsque le député et ex-ministre Nabil Amr, un opposant décidé à Arafat, a été grièvement blessé mardi par un tireur inconnu, à Ramallah.
Lors d’un débat animé au CLP, le député Azmi Chaïbi a même osé désigner du doigt le premier cercle autour d’Arafat, voire le dirigeant lui-même, lançant: « Je pense que le responsable (de la situation) n’est pas un individu ordinaire, mais plutôt un grand homme puissant au sein du Fatah ».

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