Ben Laden n’est pas Saddam

« Saddam n’est plus un problème ; désormais, est-ce Ben Laden qui est l’objectif ? », se demande l’ambassadeur des Etats-Unis à Kaboul, Zalmay Khalilzad. L’inspirateur présumé des attentats du 11 septembre 2001 à New York et Washington reste insaisissable malgré la gigantesque chasse à l’homme menée par les forces américaines depuis deux ans en Afghanistan. Et il y a de bonnes chances qu’il échappe encore longtemps à ceux qui le traquent s’il continue de bénéficier tout à la fois du terrain favorable des montagnes afghanes, de la sympathie des populations locales et de la loyauté de son entourage. De nombreux analystes présentent le chef d’Al Qaïda comme autrement plus dangereux que Saddam Hussein au vu de la capacité de ses émules à frapper partout dans le monde, y compris aux Etats-Unis et en Irak. « La plus grosse faiblesse des Etats-Unis est son incapacité à cibler et neutraliser Oussama ben Laden et, son adjoint égyptien, Aïman al Zaouahiri », souligne l’expert en terrorisme Rohan Gunaratna. Husseïn Hakkani, de la fondation Carnegie de Washington, fait valoir que, contrairement à l’ancien président irakien, le milliardaire islamiste saoudien n’est pas considéré comme un tyran qui a décimé de nombreux adversaires autour de lui. « Saddam évoluait dans un cercle comprenant des traîtres potentiels, alors qu’il y en a très peu dans l’entourage d’Oussama. Et en plus, celui-ci jouit d’un appui local. Il est comme un poisson dans l’eau. » estime-t-il. Auteur de l’ouvrage de référence « Inside Al Qaeda: Global Network of Terror » (Au sein d’Al Qaïda, réseau mondial de la terreur), Gunaratna confirme que Ben Laden « jouit d’un soutien considérable à la frontière pakistano-afghane, où il vit depuis plus de 10 ans ». « Les Américains n’ont pas fait grand chose pour ces gens qui considèrent Oussama comme leur héros. Ils le protégeront », prédit-il, d’autant que protéger un hôte relève d’un vieux code d’honneur au sein des tribus pachtounes qui peuplent cette région. « Quiconque livrerait Oussama ben Laden serait considéré comme un traître dans tout le monde musulman. Ils préféreraient le martyre », renchérit Clive Williams, expert en terrorisme à l’Université nationale de Canberra. A cela s’ajoute la difficulté du terrain pour les forces traquant vainement le chef d’Al Qaïda, qui dispose d’une expérience de la guérilla remontant à l’occupation russe de l’Afghanistan. Rocailleuse et accidentée, la région frontalière fait office de forteresse naturelle imprenable. » “Une guerre oubliée” En outre, selon le Pakistanais Ahmed Rachid, auteur d’un livre sur les taliban et expert de l’Afghanistan, la capture de Saddam Hussein « a été une affaire de renseignements » alors qu’il y a peu de chances selon lui que les Américains recoivent des informations fiables sur Ben Laden. « Toute cette région est hostile aux Américains et au gouvernement pakistanais. Cela relativise l’attrait de la récompense de 25 millions de dollars promise pour la tête de Ben Laden. Le code d’honneur est plus important aux yeux des Afghans. L’argent ce ne sont que des bouts de papier verts. » Malgré la coopération du Pakistan, les Etats-Unis n’ont enfin pas donné à la traque de Ben Laden l’importance qu’elle méritait. Douze mille hommes seulement sont assignés à cette tâche dans ce pays, contre dix fois plus en Irak. « L’Afghanistan est une guerre oubliée et c’est une erreur de l’avoir délaissée », estime Hakkani, en notant que les Etats-Unis ont semblé s’en désintéresser après la chute du régime des taliban et la dispersion apparente d’Al Qaïda. Pour Hakkani, s’ils veulent mettre la main sur le chef d’Al Qaïda, il est « absolument indispensable que les Etats-Unis consacrent les ressources et les effectifs nécessaires sur le terrain. »

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *