Bioéthique : Chirac pour une convention

«Discriminations fondées sur le patrimoine génétique, vente de gamètes sur Internet, offre de services de ‘mères porteuses’, trafics d’organes »: « tout cela, ce ne sont plus seulement des angoisses de prophètes de malheur », s’est alarmé Jacques Chirac devant les 190 délégués de l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture. « Ce sont des réalités d’aujourd’hui inspirées par l’absence de moralité, l’appât du gain, voire la folie ». « Déjà, on entend tel mouvement sectaire, tel scientifique irresponsable annoncer qu’il a aidé à provoquer des grossesses à partir d’embryons clonés », a-t-il constaté. « Ces dérives sont inacceptables ». Dans ce contexte, « il nous faut établir les principes de la bioéthique en droit public international », a souligné Jacques Chirac, en plaidant en faveur d’un « cadre normatif universel, un code éthique reconnu par tous ». « Une première étape pourrait être franchie en adoptant une déclaration universelle qui consacrerait les principes fondateurs », a suggéré le président français. « Cette déclaration pourrait ensuite constituer la base d’une convention cadre. » D’ici là, Jacques Chirac a rappelé qu’un débat était en cours à l’ONU sur l’interdiction universelle du clonage humain reproductif. « Sur un tel sujet, l’urgence commande de trouver au plus vite un consensus. J’en appelle à la responsabilité de tous », a-t-il lancé. Le président français s’est par ailleurs « réjoui » du retour des Etats-Unis à l’UNESCO, le 29 septembre dernier, après près de 20 ans d’absence. « En ces temps marqués par la persistance de la misère de masse, de la pauvreté, par la menace des fanatismes et du terrorisme, cette réaffirmation du pacte de 1945 conforte tous ceux qui croient en un monde plus juste et plus pacifique », a-t-il dit. Le président français a également plaidé pour l’élaboration d’une convention internationale sur la diversité culturelle. Alors que la Conférence générale de l’UNESCO a déjà adopté en 2001 une Déclaration universelle sur ce sujet, de nombreux pays souhaitent un texte plus contraignant, qui permettrait d’ériger la diversité culturelle en principe du droit international. Washington a fait part de ses réserves, craignant que cette convention constitue une entrave à la libre circulation des marchandises. Les pays membres ont adopté lundi en commission une résolution favorable à l’élaboration d’une convention internationale sur la diversité culturelle. Ce vote doit encore être confirmé par la Conférence générale de l’agence onusienne. Si elle voit le jour, cette convention « reconnaîtra à chaque Etat le droit d’adopter ou de maintenir les politiques publiques nécessaires à la préservation et au développement de son patrimoine culturel et linguistique », s’est félicité le président Chirac. « Elle affirmera la spécificité des créations culturelles. » Et « à ceux qui craignent qu’un tel texte ne restreigne la liberté de circulation des oeuvres de l’esprit, la France répond qu’il n’en est rien », a-t-il assuré, en se défendant de tout « protectionnisme ». Reçu lundi à l’Elysée par Jacques Chirac, le président péruvien Alejandro Toledo a quant à lui fait la promotion de l’éducation comme moyen de « libérer les pauvres ». Issu d’une famille de 16 enfants, « j’étais né pour vivre dans l’extrême pauvreté. Mais aujourd’hui je suis libre, libéré grâce à l’éducation », a-t-il raconté. « Le monde aujourd’hui a un ennemi commun: la pauvreté », alors « abandonnons les chars et les tanks, abandonnons nos fusils et dépensons davantage en salaires des enseignants, en livres », a-t-il poursuivi, applaudi par les délégués. M. Toledo a aussi délivré un « message d’encouragement et de préoccupation à mes frères, mes soeurs, au gouvernement de Bolivie qui traverse ces derniers jours un moment extrêmement difficile ».

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