Blair arrondit les angles

L’influente presse britannique relevait mercredi dans son ensemble le ton presque contrit de Tony Blair, confiant aux membres de son parti ses failles mais rappelant ses convictions profondes, à l’occasion de son discours phare du congrès de Brighton (sud de l’Angleterre). Un habile calumet de la paix, contrastant avec son envolée triomphaliste de l’année précédente, lorsqu’il avait proclamé dans des accents thatchériens: « Je n’ai pas de marche arrière ». Prudent, le gouvernement tentait toutefois, mercredi, de mettre quelques garde-fous au débat programmé jeudi sur l’Irak. D’autant que la tenue le même jour d’une élection locale à Hartlepool (nord-est de l’Angleterre), où le nouveau commissaire européen, Peter Mandelson, a été contraint d’abandonner son poste de député, sera décortiqué comme un nouvel indice de la popularité de Tony Blair. La direction du Labour, avec le concours du ministre des Affaires étrangères, Jack Straw et du ministre de la Défense, Geoff Hoon, travaillait donc assidument sur « une déclaration » formelle qui « pourrait possiblement inclure une date de retrait des troupes », a confié à l’AFP une source syndicale. Ce texte, s’il était apprécié par les influents syndicats très présents au congrès, viserait à dégonfler deux « motions » vraisemblablement soumises au vote des délégués à l’initiative de branches locales du Parti travailliste. L’une des motions des militants réclame une date de retrait des troupes « dès que possible », l’autre exige du gouvernement qu’il « nomme une date rapprochée ».
Devant les délégués mardi, dix-huit mois après la guerre, Tony Blair avait fait amende honorable pour les informations erronées des services de renseignement sur l’arsenal irakien, tout en se félicitant d’avoir évincé Saddam Hussein. « Les preuves sur le fait que Saddam possédait réellement des armes biologiques et chimiques, à opposer à sa capacité de les développer, se sont avérées fausses », a-t-il admis. « Je peux m’excuser pour l’information qui s’est avérée fausse, mais je ne peux pas, avec sincérité au moins, présenter mes excuses pour avoir fait partir Saddam », a lancé M. Blair. En complément de ces propos, Tony Blair a réaffirmé mercredi sur la BBC que la guerre en Irak était « légalement justifiée ». Exprimant ainsi son désaccord avec la position du secrétaire général des Nations unies, Kofi Annan, pour qui le conflit était « illégal ». Infatigable, la coalition anti-guerre « Stop the war » organisait mercredi une manifestation aux abords du centre des congrès de Brighton, en prélude à son prochain grand rendez-vous londonien programmé le 17 octobre sous le slogan « Bush dehors, les troupes dehors ». Et dans les travées de la conférence, le discours annuel de Tony Blair mais aussi le débat sur l’Irak de jeudi, étaient amplement commentés. Pour David Jones, « une date de retrait des troupes doit être fixée en consultation avec les Irakiens ». « Les Irakiens veulent que les troupes partent, mais ils veulent aussi que leur pays soit auparavant stabilisé », a commenté le délégué.
Ce type de motion, exercice traditionnel des congrès annuels, vise-t-il à « aider l’Irak ou à se débarrasser de Tony Blair? », s’est-il interrogé. Tony Blair a, pour sa part, confirmé mercredi qu’il entendait aller « jusqu’au bout » de son troisième mandat qu’il espère gagner aux prochaines législatives attendues au printemps 2005.

• Catherine Marciano (AFP)

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