Blair, indispensable et mal-aimé

Une enquête récente du “Times” a encore placé les travaillistes à 33% des intentions de vote, devant les conservateurs (29%) et les libéraux-démocrates (24%), ces derniers progressant grâce à leur opposition à la guerre d’Irak.
M. Blair est, en outre, cité dans tous les sondages comme le meilleur Premier ministre potentiel, loin devant le « Tory » Michael Howard et le « Lib Dem » Charles Kennedy.
Le 21 juillet 1994, un avocat de 41 ans, député depuis 1983, accédait à la tête du parti travailliste. Le nouveau venu était alors surnommé Bambi. Tony Blair a remporté depuis deux victoires électorales écrasantes, en 1997 et 2001. Il a accéléré la mutation de son vieux parti de gauche vers des positions de centre-droite.
Cela fait longtemps que personne ne songe plus à l’appeler Bambi. Mais il a gagné un nouveau surnom: « Teflon Tony », du nom de cette surface lisse et dure, sur laquelle rien n’accroche. M. Blair a conquis le Labour, après la mort de son leader John Smith, grâce au potentiel électoral que lui prêtait son parti, relégué depuis 15 ans dans l’opposition.
« Le talent de Tony Blair comme chef de parti a été de s’adresser directement à la nouvelle classe moyenne », expliquent les universitaires Stephen Driver et Luke Martell, dans un ouvrage consacré au parti travailliste.
Il a su séduire l’électorat des indécis et des conservateurs modérés, lassés par Mme Thatcher et son successeur John Major.
Pour remporter les élections de 1997, le « New Labour » prône une politique économique prudente, de quoi rassurer les marchés, mais aussi être accusé de « thatchérisme » par l’aile gauche du parti. La légende de Westminster veut que Tony Blair et son actuel ministre des Finances, Gordon Brown, jugé plus à gauche au sein du Labour, aient conclu un accord secret en 1994 dans un restaurant londonien.
Selon ce pacte jamais confirmé par les protagonistes, M. Blair devait remettre le pouvoir à M. Brown au cours de son second mandat de Premier ministre.
L’affaire illustre en tous cas la méfiance dont le Labour ne s’est jamais départi face à Tony Blair, efficace pour reprendre du terrain au centre de l’échiquier politique, mais suspect pour les même raisons. Quand il est devenu leader du Labour, « la force de Blair était de ne pas avoir l’image d’un chef de parti », rappelle Rodney Barker, un expert de la London School of Economics, mais plutôt celle d’un homme « capable d’être l’ami de tout le monde ».
Il a « évolué ensuite jusqu’à penser que sa popularité devait passer après ce qu’il jugeait bon pour le pays », dans le monde bouleversé d’après les attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis, poursuit Rodney Barker.
L’historien explique que « c’est ainsi que M. Blair a mené le Royaume-Uni dans l’invasion de l’Irak en 2003, malgré le rejet de cette guerre par la majorité des électeurs ».
La crise irakienne a aussi aggravé la coupure avec le parti. Il ne se passe plus un week-end sans que les partisans de M. Brown ne spéculent dans la presse sur la démission d’un Blair toujours décrit comme très affaibli politiquement. La plupart des observateurs n’en pensent pas moins que Tony Blair a les meilleures chances de remporter les prochaines élections législatives, qui pourraient avoir lieu au printemps 2005, ne serait-ce qu’en raison de la faiblesse de l’opposition conservatrice.
Et cette conviction est, aujourd’hui comme il y a dix ans, le meilleur atout de Tony Blair au sein du Labour.

• Christophe Schmidt (AFP)

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