Bush rattrapé par son passé militaire

Alors que le nombre de soldats américains tués en Irak, depuis le début de la deuxième guerre du Golfe, a allégrement franchi la barre des 1.0000, de nouvelles révélations de la pesse se sont brusquement invitées dans le dernier sprint de la campagne électorale américaine. On y apprend que George Bush n’a pas fait le Vietnam, qu’il n’a jamais encouru de sanctions pour ses irrégulières assiduités aux entraînements; ce qui, en quelque sorte, est archi-connu.
En février dernier, la Maison Blanche, elle-même, dans une tentative de contrer des révélations qui pourraient être catastrophiques si elles n’étaient divulguées qu’à la veille des présidentielles, a rendu publiques plusieurs pages d’archives militaires de Bush montrant que celui-ci s’était absenté de longues périodes lors de ses deux dernières années de service dans la Garde nationale. Banalisant la chose, la Maison Blanche expliquait laconiquement que Bush avait néanmoins fait tout ce qui lui était demandé. Cette fois-ci, les révélations vont plus loin. Le futur locataire de la Maison Blanche aurait fait des pieds et des mains pour échapper à la guerre, en compagnie de quelques copains, tous bien nés et issus de l’establishment républicain. Pour sa part, le ”Boston Globe” qui revient sur cet interminable feuilleton, écrivait mercredi, en réexaminant les états de service du président dans la Garde nationale aérienne du Texas, que ”George Bush semble avoir rompu son contrat avec le gouvernement américain en ne rejoignant pas une unité de réserve de l’US Air Force au moment où il a déménagé du Texas vers le Massachussets, à la mi – 1973”. Le journal se base sur des documents que Bush avait signés en 1968 puis en 1973 dans lesquels il promettait d’honorer ses engagements en matière d’entraînement, faute de quoi il s’exposerait, à titre de sanction, à une convocation dans le service actif. Selon le même journal, en juillet 1973, avant qu’il ne déménage de Houston à Cambridge, Bush avait signé un document stipulant : «Il est de mon devoir de me présenter et d’être affecté à une autre unité des Forces de réserve (…) si je ne le fais pas, je serai l’objet d’un ordre de mobilisation pour le service actif, pour une durée pouvant aller jusqu’à 24 mois».
Allant plus loin, le ”Boston Globe” affirme que Bush n’a jamais rejoint la moindre unité dans la région de Boston. En 1999, le porte-parole du président avait affirmé le contraire. Selon Dan Bartlett, le candidat républicain avait servi dans une unité de réserve de l’armée de l’air dans la région de Boston, après avoir quitté Houston. Pour toute réponse, l’ancien porte-parole de Bush, aujourd’hui porte-parole de la Maison Blanche, a préféré l’humour : «J’ai dû alors mal m’exprimer », dit-il dans une récente interview publiée par le ”Boston Globe”. Une autre porte-parole de la Maison Blanche, Claire Buchan, répondant mercredi au Boston Globe, a claironné que son président avait été « honoré de servir son pays ». « Il a rempli ses devoirs, et a été libéré de ses fonctions, par la suite, en tout honneur ». Qui et que croire ?
En tout cas, ces précisions sont loin de faire taire le débat. Puisque Boston Globe, apparemment bien documenté, s’est aussi intéressé à un engagement pris en 1968 par George Bush où, là encore, il promettait de «participer de manière satisfaisante» à l’entraînement de la Garde nationale en effectuant 24 journées de service de week-end par an et 15 jours de service actif chaque année. Engagements non honorés par l’intéressé pendant un semestre entier en 1972 et pendant près d’un trimestre en 1973. Cet absentéisme devrait pousser ses supérieurs à le sanctionner ou à l’affecter au service actif à temps complet en 1972, 1973 ou 1974. C’est tout le contraire qui s’est passé, puisque l’unité de Bush aurait, d’après le journal, certifié que les états de service de celui-ci étaient satisfaisants. La Garde nationale et les unités de réserve, rarement mobilisées sur le front de la guerre du Vietnam, étaient alors considérées comme des « planques pour jeunes gens blancs des souches plutôt aisées », peut-on lire dans l’historique de la Garde nationale aérienne, diffusé sur son site.
G.W. Bush n’a donc pas fait la guerre du Vietnam contrairement à son rival démocrate, John Kerry, qui s’est vu décerner plusieurs médailles pour sa bravoure au combat. Du coup, analystes et spécialistes en sondages sortent la grosse artillerie et n’écartent plus des «surprises» pour les présidentielles du 2 novembre.

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