Cambodge : Sihanouk sauve la monarchie

« Dans ses écrits, le roi dit que quand il a abdiqué la première fois (ndlr: en 1955), cela a fait l’effet d’une bombe atomique, mais cette fois-ci aussi! » plaisante son biographe officiel, Julio Jeldres. L’effet de souffle a été tel que près d’une semaine après l’annonce par le roi, 82 ans à la fin du mois, de son abdication, aucune grande capitale n’avait encore réagi à cette « retraite » rendue publique de Pékin. « Il a réussi un coup magistral », explique un analyste qui évoque « une méthode à la hussarde » et estime que « c’était sa dernière chance pour imposer sur le trône quelqu’un qui lui convienne ». Si rien ne se met en travers de sa route d’ici jeudi, Norodom Sihanouk aura obtenu en quelques jours le vote d’une loi indispensable pour que le Conseil du trône puisse se réunir et qu’il élise roi son fils préféré, le Prince Norodom Sihamoni.
Sans remettre les pieds au Cambodge, le Souverain a donc obtenu ce qu’il n’avait pas réussi à décrocher depuis que, levant le tabou de la succession ses 80 ans venus, il avait commencé à se désespérer publiquement de l’absence de successeur désigné et des risques de voir le royaume des bâtisseurs d’Angkor abandonner la monarchie à sa mort. Le Souverain l’a fait de surcroît en usant d’une arme non conventionnelle : une abdication, à laquelle il a préféré le mot « retraite », qui n’est pas prévue par la Constitution cambodgienne. « De A à Z le processus a été bancal », estime l’analyste. Peu importe, dès le lendemain de l’annonce choc, l’Assemblée nationale, généralement plus indolente, s’empressait de voter l’indispensable loi fixant les règles de fonctionnement du Conseil du trône pour élire un successeur au roi en cas de « retraite ». Le Sénat, le Conseil constitutionnel et le chef de l’Etat par interim ont tous approuvé le texte dans un bel élan. En abandonnant sa couronne, le roi a donc bousculé tout le monde. « Ca a été un moyen de précipiter les deux partis pour qu’ils adoptent la loi sur le Conseil du trône », note un diplomate. « C’est la précipitation la plus complète, ce n’est pas ce que le roi voulait », explique M. Jeldres, « mais il était mécontent que le gouvernement n’ait rien fait ».
Le Premier ministre Hun Sen et son partenaire de coalition le Prince Norodom Ranariddh avaient promis au roi à Pékin en septembre de faire voter cette loi sans délai. Mais rien n’avait été fait. Le Conseil du trône pouvant désormais se réunir, il ne lui reste plus qu’à entériner le choix de Norodom Sihamoni, apparemment candidat unique, ce qui devrait être une formalité jeudi, sauf rebondissement. Hun Sen contrôle le Conseil et a publiquement déclaré que le prince Sihamoni était le candidat « qui convenait ». A priori, le Prince de 51 ans qui a consacré sa vie à la danse et aux arts ne risque guère de lui faire de l’ombre sur le terrain politique. Ainsi le roi Sihanouk aura pu imposer de son vivant le calendrier, le choix de son successeur et la survie de la monarchie dans le petit pays de 13 millions d’habitants. Ce faisant, il protège pour l’avenir la reine Monineath qui voit son seul fils survivant accéder au trône, et avec laquelle il se réserve l’option de conseiller le jeune roi inexpérimenté. Si la manière dont a été annoncée la « retraite » royale a surpris, le monarque avait ces derniers temps souvent évoqué son abdication. « Il attendait le moment, il l’avait préparée depuis des mois », explique son biographe, qui ajoute: « la santé a joué un rôle supplémentaire dans sa décision d’abdiquer ». Les médecins chinois qui traitent depuis des années Norodom Sihanouk pour un cancer du colon notamment semblent avoir détecté de nouvelles métastases. Ce sont d’ailleurs ses problèmes de santé que le roi a invoqués en tirant sa révérence.

• Pascale Trouillaud (AFP)

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