Ces journalistes qui dérangent

Deux jeeps de l’armée s’arrêtent dans un crissement de pneus. Sans mot dire, des soldats sortent, tirent des coups de semonce et lancent des grenades assourdissantes: indésirables, les journalistes sont devenus les bêtes noires à Ramallah de l’armée israélienne.
Cet incident est survenu vendredi matin, à l’entrée principale du quartier général de Yasser Arafat, où le président palestinien est assiégé depuis le 29 mars. Un convoi de sept véhicules blindés de la presse internationale, dont les chaînes de télévision CNN et ABC et les agences de presse AFP, Reuters et Associated Press (AP), mais aussi des photographes de l’agence Gamma s’étaient rendus devant le Q.G de M. Arafat dans l’espoir d’assister à l’arrivée du médiateur américain Anthony Zinni, qui a rencontré le président palestinien.
Les journalistes, qui venaient d’arriver devant le Q.G, avaient tout juste eu le temps de descendre de leurs véhicules blindés lorsque les deux jeeps sont arrivées. Un char merkava s’est aussitôt positionné pour empêcher l’accès à l’esplanade du complexe où M. Arafat est retranché dans un immeuble avec ses collaborateurs et ses gardes. Les soldats, au nombre d’un douzaine et armés de fusils M-16, ont procédé à au moins une demi-douzaine de tirs de sommation en l’air pour chasser les journalistes. Un soldat a pointé son arme en direction des journalistes. Un de ses tirs a visé le pare-brise du véhicule de CNN qui faisait face aux jeeps de l’armée, a constaté un journaliste de l’AFP. Puis, les soldats ont lancé des grenades assourdissantes au milieu du groupe de journalistes. Une grenade a explosé près du pied d’un caméraman de Reuters, qui n’a miraculeusement pas été blessé. Ces soldats étaient à trois mètres à peine des journalistes lorsqu’ils ont lancé les grenades.
Au bout de quelques minutes de confusion, lorsque certains journalistes rechignaient à regagner leurs véhicules, un soldat muni d’un haut-parleur a lancé en anglais: « press out! press out! » (la presse dehors, la presse dehors).
Le convoi a alors pris la direction du centre-ville pour faire ensuite un détour et retourner dans une ruelle d’où les journalistes peuvent apercevoir le Q.G distant d’une cinquantaine de mètres.
Deux transports de troupes blindés sont aussitôt arrivés et une dizaine de soldats, les armes pointées en direction des journalistes, ont commencé à vérifier les passeports et les accréditations.
Dans la confusion, certains ont échappé à ce contrôle mais d’autres, dont le correspondant du quotidien britannique the Telegraph, Inigo Gilmore, se sont vus saisir ces documents. Soudain, un soldat nerveux fait irruption au milieu du groupe de journalistes et commence à hurler en anglais: « montez dans vos voitures! quittez immédiatement le secteur! ».
Cette fois, les journalistes ont obéi aux ordres et regagné leurs hôtels.
Fin mars, Ramallah a été décrétée « zone militaire interdite » par l’armée israélienne, qui a ordonné aux journalistes de quitter la ville.
Plutôt détendus au début de l’occupation de la ville le 29 mars, les soldats israéliens ont changé progressivement d’attitude à l’égard des journalistes. Ces derniers jours, interpellés dans les rues de Ramallah, nombre de journalistes, dont un photographe et un journaliste de l’AFP, ont été mis en joue et obligés d’enlever leur gilet pare-balles pour être fouillés avant d’être autorisés à continuer leur chemin.

• Calin Neacsu (AFP)

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