Cheney peine à mobiliser contre l’Irak

Même le Koweit, un fidèle allié de Washington et ennemi juré du régime du président irakien Saddam Hussein, a opposé une fin de non-recevoir à une offensive militaire contre l’Irak. « Nous n’allons pas soutenir cela (une frappe contre l’Irak), non pas parce que l’Irak est un ami du Koweit mais parce que les circonstances actuelles ne sont pas propices », a déclaré lundi à la presse le ministre des affaires étrangères du Koweit, Cheikh Sabah Al-Ahmed Al-Sabah, en présence de M. Cheney. « J’espère que le régime irakien mesurera la portée de ce qui pourrait arriver à son peuple s’il refuse d’autoriser le retour des inspecteurs de l’ONU » en désarmement, a cependant ajouté le ministre koweitien. M. Cheney, qui a achevé au Koweit une tournée dans neuf pays arabes, était venu sonder ses interlocuteurs sur une offensive militaire d’envergure, que l’administration du président George W. Bush menace de lancer pour renverser le régime irakien, qu’elle soupçonne de développer des armes de destruction massive. De l’Egypte aux monarchies du Golfe, en passant par le Yémen, M. Cheney s’est vu publiquement répondre qu’une telle attaque était inappropriée pendant que les violences israélo-palestiniennes faisaient rage. « Le vice-président américain a entendu ce discours ? l’Amérique doit arrêter le terrorisme israélien et empêcher Israël de posséder des armes de destruction massive. C’est là la priorité des pays de la région, et non pas une frappe militaire contre l’Irak », écrivait dimanche le quotidien saoudien Al-Watan.
l’Arabie Saoudite, principal allié des Etats-Unis dans le Golfe, a même affirmé qu’elle n’autoriserait pas, de même que pendant la guerre en Afghanistan, l’utilisation de son sol pour une attaque contre l’Irak, par la voix de son prince héritier Abdallah Ben Aziz. «Pour la première fois depuis longtemps, l’Amérique essuie un refus collectif (de sa politique) de la part de pays qu’elle considère comme des amis», écrivait pour sa part lundi le quotidien émirati Al-Khaleej, relevant que « la plupart de ses alliés européens ont rejeté ouvertement le projet de frappe contre l’Irak ».
Se retrouvant sur la défensive, M. Cheney a répété ces derniers jours que sa tournée n’était pas destinée à préparer une offensive contre l’Irak, affirmant que «beaucoup de spéculations infondées», circulent à propos de son périple. «D’aucuns croient qu’il y a une seule question qui m’intéresse ou que je suis ici pour organiser une opération militaire contre l’Irak, mais cela n’est pas vrai», a-t-il dit lundi à Manama, ajoutant toutefois : «il est vrai que l’Irak nous préoccupe, mais ce n’est qu’un sujet parmi d’autres». «L’Irak a le devoir de se conformer aux résolutions internationales», a-t-il dit à Koweit. Les responsables du Golfe, comme de l’ensemble des pays arabes, partagent ce point de vue.
«Tout ce que l’Irak a à faire, c’est de se conformer aux résolutions du Conseil de Sécurité de l’ONU et de respecter ses voisins», a déclaré un responsable du Golfe sous couvert d’anonymat. L’Irak, qui a lancé une contre-offensive diplomatique dans le monde arabe à celle de M. Cheney, a tenté une ouverture, en laissant entendre à plusieurs reprises qu’il accepterait sous conditions le retour des inspecteurs en désarmement de l’ONU. «L’Irak refuse le retour des inspecteurs tant que l’on a pas défini les sites à inspecter et un calendrier précis », a déclaré le vice-président irakien Taha Yassine Ramadan au quotidien saoudien Asharq Al-Awsat.

• Fiona Macdonald (AFP)

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