Clandestins : l’Espagne se mobilise

Jusqu’à 18 corps d’émigrants africains, noyés en tentant la périlleuse traversée, ont été retrouvés mercredi dans l’Atlantique par un navire-hôpital espagnol, à 400 milles marins (720 km) au sud des Canaries et 70 milles (130 km) à l’ouest de Ras Nouadhibou (Cap blanc), dans le nord de la Mauritanie, selon la préfecture des Canaries. Les cinq premiers cadavres repêchés par l’Esperanza del Mar portaient des gilets de sauvetage et l’un d’entre eux était porteur d’un appareil d’orientation par satellite (GPS), a indiqué une porte-parole du ministère espagnol du Travail et des Affaires sociales dont dépend le navire-hôpital. La nouvelle vague d’émigrants qui tentent de gagner en masse les Canaries à partir de la Mauritanie, depuis le renforcement des contrôles dans le détroit de Gibraltar et le nord du Maroc, emploie un type d’embarcation adapté à ce voyage de plus de 800 kilomètres, les "cayucos". Construits en robuste fibre de verre, dotées de deux moteurs et mesurant 14 à 18 mètres de longueur, les cayucos qui ressemblent à des pirogues, peuvent transporter entre 50 et 70 personnes.
Au moins 50 émigrants africains sont morts noyés dans des circonstances similaires depuis fin février au large de la Mauritanie. Le Croissant-Rouge mauritanien estime qu’entre novembre 2005 et la première semaine de mars 2006, 1.200 à 1.300 personnes ont péri dans cette traversée que l’un de ses responsables a qualifiée de "roulette russe". Le gouvernement espagnol a décidé mercredi d’activer un "plan d’urgence de coopération avec la Mauritanie", dans le cadre duquel deux secrétaires d’Etat se rendront jeudi en Mauritanie. Les secrétaires d’Etat à la Sécurité, Antonio Camacho, et aux Affaires étrangères, Bernardino Leon, rencontreront les autorités mauritaniennes à Nouakchott puis se rendront au port de Nouadhibou où se sont concentrés depuis deux mois des milliers d’Africains candidats à l’"Eldorado européen". Madrid mettra à disposition des Mauritaniens des patrouilleurs pour surveiller ses côtes et des centres d’accueil gérés par des organisations non gouvernementales (ONG) "où les immigrants seront traités dignement", assure le gouvernement espagnol. L’Espagne souhaite également activer un accord bilatéral de rapatriement d’émigrants clandestins de pays tiers partis de Mauritanie pour se rendre illégalement en Espagne. Madrid a aussi décidé de renforcer la surveillance des côtes des Canaries, où 123 immigrants sont arrivés mercredi, dans l’île de Tenerife, ainsi que d’y aménager des bases militaires pour héberger les immigrants, les centres d’accueil étant débordés.
Le nombre d’émigrants clandestins interceptés par les forces de sécurité canariennes a plus que triplé entre janvier et mars par rapport au premier trimestre 2005, pour atteindre mercredi 3.031 personnes. Un expert de la Commission européenne accompagnera jeudi les ministres espagnols en Mauritanie "pour entendre exactement quels sont les problèmes et pour déterminer quelle est la meilleure façon pour l’UE d’aider la Mauritanie" a annoncé l’exécutif européen. Bruxelles est "très sérieusement préoccupé par les développements en Mauritanie et particulièrement par les morts dans l’océan Atlantique entre la Mauritanie et les Canaries". Une conférence UE-Afrique sur l’immigration se tiendra les 10 et 11 juillet à Rabat, dont le principe avait été fixé à la suite de la meurtrière crise migratoire de l’automne 2005 dans les enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla (nord du Maroc), seule frontière terrestre entre l’Union européenne et l’Afrique.

Articles similaires

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *