«Cohabitation gouvernementale»

«Cohabitation gouvernementale»

L’Union socialiste des forces populaires (USFP) et le Parti de l’Istiqlal (PI) sont en train d’inventer un nouveau genre en matière d’alliance gouvernementale. Un genre inédit dans toutes les formes de démocratie que le monde a connues jusqu’à aujourd’hui.
Avant la naissance de cette alliance gouvernementale, assez particulière, entre le PI et l’USFP, la majorité gouvernementale était un concept très simple : des partis se réunissent autour d’une même table, se mettent d’accord sur un programme gouvernemental conjoint, inspiré de leurs programmes politiques, et constituent un gouvernement de coalition. Ils défendent, ensuite, leur programme conjoint devant l’assemblée législative et, forts de la majorité parlementaire qu’ils ont constituée, ensemble, ils obtiennent l’investiture qui les autorise à appliquer leur programme. Et si, au cours de la législature, les points de vue divergent sur la manière de gérer un ou plusieurs dossiers, et qu’un compromis s’avère impossible, le divorce entre les composantes de la majorité s’impose. Telles sont les règles de la démocratie.
Dans le cas marocain, les deux formations, l’USFP et le PI, sont arrivées à une situation où, non seulement, leurs points de vue divergent sur des dossiers importants, mais, ils sont en train de se livrer une guerre sans précédent dans les annales du Maroc contemporain. Des leaders, des deux côtés, se permettent d’insulter la mémoire des figures de l’autre partie. Des dirigeants de l’un des partis se permettent de flirter avec l’opposition. Des ministres qui critiquent des décisions prises au sein du gouvernement. Des membres du gouvernement qui prennent leur distance avec des décisions de leurs collègues. Pourtant, le gouvernement reste en place et la majorité affiche un semblant de bien-être. Et pour justifier cette situation démocratiquement anormale, les deux partis ont inventé un concept qui s’appelle «le soutien critique». Mais, avec le temps, cela est devenu iniquement de la critique sans soutien.
En fait, les deux parties se trompent sur la nature de ce concept qu’ils ont inventé. Il s’agit plutôt d’une « cohabitation gouvernementale» qui, contrairement à la cohabitation inventée par les Français, ne concerne pas la coexistence entre un chef d’Etat et un Premier ministre de partis opposés. La nôtre, celle de l’USFP et du PI, permet à deux partis – qui font semblant de s’aimer alors qu’ils se font la guerre continuellement – de coexister dans le même gouvernement. Tout cela, pour une simple raison : aucun des deux ne veut partir dans l’opposition. Ce qui est légitime car la vocation d’un parti politique est de chercher à être dans le pouvoir. Mais, la démocratie a prévu des mécanismes pour régler ce genre de situations afin d’éviter que ces guéguerres politiques ne finissent par porter préjudice aux intérêts généraux du pays.

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