Comment le PJD a profité de l’arrivée du PAM

Le Parti Authenticité et Modernité a été créé pour éviter au Maroc un raz-de-marée islamiste aux Communales du 12 juin 2009. Cette thèse, avancée par certains analystes orientés et par des éditorialistes initiés, a été, dès la création du PAM, hissée au rang d’une mission qui va au-delà de la bagarre politique politicienne pour s’installer comme un objectif si noble que tout le monde était censé soutenir. «Le PAM ou le déluge islamiste !». Telle est l’image que la majorité des gens – intéressés par l’environnement politique, évidemment – ont fini par percevoir et assimiler. Il faut dire, à ce titre, que le PAM a su utiliser les techniques du marketing politique d’une manière remarquable. Faire parler de soi tout le temps, tout en entretenant le mystère autour des objectifs, des acteurs et des méthodes, sont des ingrédients qui ont été – une première dans l’histoire du Maroc – magistralement réunis dans un seul projet politique.
Aussi, pour tout le monde, l’objectif des initiateurs du PAM était de faire face aux islamistes du PJD. La propagation de cette idée a permis au PAM de faire d’une pierre deux coups : légitimer son entreprise et rassurer la classe politique en détournant son attention. Plus clairement, pour certaines formations, il n’y avait rien à craindre puisque le nouveau parti ne visait que les islamistes. Au sein de certaines formations, il y avait même deux clans : ceux qui rassuraient – par commodité, probablement – en disant «c’est dans notre intérêt à tous», et ceux qui tiraient la sonnette d’alarme en criant haut et fort que la nouvelle formation allait phagocyter tout le monde. 
Ce n’est qu’au moment où, à quelques jours du scrutin, le PAM avait annoncé avoir pris deux décisions majeures : sceller un pacte de non agression avec le PJD et se retirer de la majorité gouvernementale, que tout a changé dans l’esprit de ceux qui croyaient à la thèse de l’objectif unique à savoir contrecarrer l’islamisme.
Le PAM avait-il senti que les résultats, malgré le fait de l’avoir installé en tant que première force politique communale, n’allaient pas dans le sens d’une véritable défaite du PJD ? Aurait-il, de ce fait, décidé de changer d’objectif pour le recadrer avec le résultat obtenu ? Si c’est le cas, il faut reconnaître que la manœuvre est très intelligente.
Car, en fait, le Parti de la Justice et du Développement (PJD) a été le plus grand bénéficiaire de l’arrivée du PAM. Cela lui a servi à se victimiser davantage. Ce qui est une manière de fidéliser ses clients habituels et de s’assurer du soutien effectif de ses sympathisants. En chiffres, cela lui a permis de passer de 320.299 voix en 2003 à 460.774 voix en 2009. Et de 593 sièges en 2003 à 1.513 sièges en 2009. Soit un taux de croissance en nombre d’élus de 155%. Le taux le plus élevé de la classe politique. 
Mieux : le PJD a réussi à bénéficier de l’arrivée du PAM dans la plupart des grandes villes. Car, pendant que le PAM grignotait sur les voix des partis traditionnels, le PJD, lui, consolidait son assiette électorale. Les exemples sont légion. À Oujda, les islamistes sont passés de 14,55% des sièges en 2003 à 32,31% en 2009.
A Casablanca, ils ont doublé leur représentativité. A Tétouan, ils sont passés de 12,77% en 2003 à 40% en 2009. A El Hoceima, ils n’avaient aucun élu en 2003 et, aujourd’hui, ils en ont 9. A Rabat, capitale du Royaume, ils ont tellement gagné en confiance après avoir enregistré une croissance de plus de 100% en nombre d’élus qu’ils sont allés jusqu’à vouloir prendre la présidence du conseil de la ville.
Le partage des voix entre les partis traditionnels et leurs transhumants regroupés chez le PAM a permis un telle percée que le PJD veut faire passer sous silence en évitant de faire du tapage ou de créer à la victoire préférant le confort que lui assure le fait de passer pour un perdant car il lui permet de tirer profit, en silence, de la percée urbaine qu’il vient de réaliser. 

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