Contre-Offensive syrienne à l’ONU

Sentant venir les pressions occidentales après les ouvertures récentes de la Libye et de l’Iran vis-à-vis de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), la Syrie, soupçonnée par les Etats-Unis de détenir des armes chimiques et de chercher à acquérir des armes biologiques, « a pris les devants pour replacer le débat au sein de l’Onu », estime un diplomate arabe. Présentée une première fois en avril et bloquée alors par les Etats-Unis, l’initiative syrienne, qui a été discutée de nouveau lundi à New York, appelle tous les Etats du Proche-Orient de se débarrasser des ADM qu’ils pourraient détenir. Ce projet est dirigé essentiellement contre Israël, considéré par nombre d’experts comme l’unique puissance nucléaire au Proche-Orient, et qui posséderait au moins 200 engins nucléaires. Damas estime que le principal obstacle à ce projet d’unProche-Orient exempt d’ADM est l’Etat juif, qui refuse de signer le Traité de non-prolifération nucléaire (TNP) et n’a jamais reconnu officiellement disposer d’un arsenal nucléaire. L’ambassadeur de Syrie à l’Onu, Fayssal Mekdad, cité par le quotidien syrien “al-Baas”, a jugé « terrifiante » la situation au Proche-Orient. « Israël possède un énorme arsenal nucléaire et toutes sortes d’ADM, alors que tous les pays arabes adhèrent au TNP », a-t-il affirmé. Londres, premier allié européen de Washington, a fait part, le 23 décembre, de sa « préoccupation » par rapport aux armes de destruction massive que possèderait la Syrie. Le lendemain, le secrétaire d’Etat américain, Colin Powell, demandait à Damas de « suivre l’exemple de la Libye ». Celle-ci a annoncé, le 19 décembre, qu’elle renonçait à ses programmes d’ADM et qu’elle allait signer le protocole additionnel au TNP, que l’Iran avait signé la veille, après des mois de pressions étrangères, ouvrant ainsi toutes ses installations nucléaires aux inspecteurs de l’AIEA. Mardi, M. Mekdad a critiqué indirectement la position des Etats-Unis qui jugent « inopportun » le projet syrien. « Cette position ne sert pas l’objectif de débarrasser la région des ADM, appuyé par le monde entier. Certaines parties regardent toujours avec les yeux d’Israël », a regretté l’ambassadeur syrien dont le pays est membre non-permament du Conseil depuis janvier 2002. Pour lui, « les pressions devraient s’exercer sur Israël ». Le mandat de la Syrie au Conseil de sécurité de l’Onu s’achèvera, le 31 décembre à minuit, heure de New York. Elle sera remplacée par l’Algérie, qui deviendra le seul membre arabe du Conseil, et pourra suivre le projet syrien présenté « au nom du groupe arabe », selon M. Mekdad. Le mandat syrien à l’Onu a été marqué par la crise irakienne. Pourtant hostile à la guerre contre son voisin irakien, la Syrie a voté en faveur de certaines résolutions sur l’Irak. Pressée par les Etats-Unis, la France et la Russie, elle avait créé la surprise en votant en novembre 2002 pour la résolution 1441 qui durcissait les inspections de l’Onu en Irak. La Syrie avait voté également, en mai 2003, la résolution 1483 qui donne aux forces américano-britanniques le contrôle de l’économie et de l’avenir politique de l’Irak. Depuis la chute de Bagdad, le 9 avril, Damas fait l’objet de pressions de la part des Etats-Unis qui l’accusent de « soutenir le terrorisme » et de s’ingérer dans les affaires irakiennes. Le 12 décembre, le président George W. Bush a signé une loi de sanctions l’autorisant à décréter des restrictions sur les exportations et les investissements américains en Syrie, et à limiter les relations diplomatiques syro-américaines.

• Roueida Mabardi (AFP)

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