Côte d’Ivoire : De nouveau la violence

Les 150 premiers renforts annoncés par Paris (300 hommes au total) sont arrivés dimanche à Abidjan en provenance de Libreville. Le président de l’Assemblée nationale ivoirienne, Mamadou Koulibaly, a affirmé dimanche sur la radio publique française, France Inter, qu’une « trentaine » d’Ivoiriens avaient été tués et une centaine d’autres blessés par l’armée française, ce que cette dernière a immédiatement démenti.
Plusieurs dizaines de milliers de manifestants pro-Gbagbo qui voulaient « reprendre » l’aéroport international Houphouët-Boigny ont, par ailleurs, essayé, dans la nuit de samedi à dimanche, de s’en approcher mais ont été contenus par les forces françaises . Les forces françaises avaient pris le contrôle de l’aéroport et maîtrisé les appareils gouvernementaux après l’attaque meurtrière (neuf soldats français tués, ainsi qu’un ressortissant américain et 22 blessés) d’un cantonnement français par l’aviation ivoirienne à Bouaké (centre). La Côte d’Ivoire est coupée en deux, depuis la rébellion de septembre 2002, les rebelles contrôlant le nord du pays. Des troupes de l’Onu (6.000) et des forces françaises (4.000) y ont été déployées pour surveiller l’application des accords de paix de Marcoussis (France, janvier 2003), paralysée depuis des mois. Le régime Gbagbo a relancé le conflit en menant, depuis jeudi, des bombardements sur des zones rebelles. Les militaires français tentaient toujours, dimanche, de disperser les manifestants aux abords de l’aéroport à coups de grenades lacrymogènes. Des hélicoptères du contingent français en Côte d’Ivoire ont également tiré des salves de sommation au canon de 20 mm.
Selon la radio officielle ivoirienne, trois manifestants ont été tués par balle. M. Koulibaly a accusé la France « d’occuper » son pays et s’en est violemment pris au président français, Jacques Chirac, l’accusant « d’avoir armé les rebelles »; il a affirmé qu’il ne pouvait garantir la sécurité des ressortissants français vivant en Côte d’Ivoire, qui vient dans la peur depuis samedi soir.
« Tous les Ivoiriens qu’on appelle «les patriotes» (ndlr, partisans de M. Ggbagbo) sont partout dans la ville. Ils ont saccagé plein de quartiers (…) ils font la chasse aux Français et aux Blancs », a confié à la radio RMC un Français contraint de chercher refuge dans le bâtiment d’une société de gardiennage. « Ici c’est l’horreur, on a peur: il y a des enfants, il y a des femmes, on est là, on ne peut rien faire, ils sont des centaines de milliers », a-t-il raconté. Une centaine d’étrangers menacés par les pillages en Côte d’Ivoire ont été regroupés dans le cantonnement d’une unité française à Abidjan devant lequel manifestent des Ivoiriens, a annoncé dimanche un porte-parole militaire français pour qui « la situation n’est pas facile, mais sous contrôle ». Ces personnes sont réfugiées au 43e Bataillon d’Infanterie de Marine (BIMA), stationné à Abdijan, « parce que leurs maisons ont été attaquées ou pillées ou qu’elles se sentaient menacées », a déclaré à l’AFP le colonel Henry Aussavy.
Les émeutiers « ont été beaucoup plus durs qu’en janvier 2003 (lors de précédentes émeutes anti-françaises). On s’est retrouvé face à la horde », a raconté la directrice du lycée Mermoz, Régine Padovani, qui a dû être évacuée, alors qu’une foule de plusieurs centaines de personnes attaquait l’établissement. Selon les témoignages recueillis sur place par l’AFP, de nombreuses personnes ont passé la nuit sur le toit de leur immeuble pour échapper aux émeutiers qui ont pillé leurs biens. Le Conseil de sécurité de l’Onu a condamné, samedi, les attaques gouvernementales et « exigé le respect complet du cessez-le-feu » et Paris, qui va proposer sans tarder de nouvelles mesures contre la Côte d’Ivoire, a averti que M. Gbagbo serait « tenu personnellement responsable » du maintien de l’ordre public.

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