Courage politique

Le monde arabe a été secoué, la semaine dernière, par la décision du président palestinien Mahmoud Abbas de renoncer à soutenir le projet d’une résolution du Conseil des droits de l’Homme basée sur les conclusions du rapport du juge Richard Goldstone sur la guerre de Gaza. Résumé de l’affaire. Des pays arabes et musulmans forment un collectif pour appeler à l’adoption d’une résolution qui condamne l’Etat d’Israël pour crimes de guerre en se basant sur le rapport établi par le juge sud-africain sur le massacre de Gaza. Mais, au moment où la résolution était sur le point d’être adoptée, la Palestine annonce qu’elle jette l’éponge et qu’elle ne veut plus que la résolution passe. Tout le monde se replie et renonce au combat. Normal, on ne peut être plus palestinien que les Palestiniens.
Aussitôt, la fameuse «rue arabe» s’est mise à fustiger le président palestinien. Toutes les chaînes satellitaires s’associent aux islamistes du monde entier et se déchaînent sur lui. Un massacre. En fait, l’acte est certes décevant, voire même frustrant, pour tous ceux qui se sont mobilisés à Genève pour faire adopter la résolution, mais, Mahmoud Abbas a droit quand même à être entendu, au moins. Subissant une forte pression de l’administration américaine – qui constitue le dernier espoir pour la cause palestinienne – et ayant reçu un message clair du Premier ministre israélien, Benyamin Netanyahu, selon lequel le processus de paix est fini et enterré si la résolution est adoptée, il a fini par céder. Dans la balance de l’intérêt politique de la cause elle-même, il y avait le choix entre une résolution aux effets symboliques et une chance de sauver cette petite lueur d’espoir qui reste pour la reprise du processus de paix. Abou Mazen a eu le courage d’assumer pleinement le mandat populaire dont il a été investi pour prendre une décision qui n’est certainement pas populaire mais qui est dans l’intérêt de la paix pour son peuple.
Un acte courageux et sincère. Car il aurait pu choisir la voie populiste. Il aurait gagné en image personnelle mais il aura aussi fait perdre beaucoup de choses à son peuple. C’est ce genre de postures politiques qui manquent aux islamistes, entre autres, et qui font que leur arrivée au pouvoir soit dangereuse. Car ils ne font que suivre l’opinion publique, au lieu de la réorienter dans l’intérêt de la nation. Abdelilah Benkirane ne s’est-il pas empressé, sur les colonnes d’Attajdid, d’accuser Abou Mazen, un chef d’Etat ami et respectable, de trahison ?

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