De la «sur-analyse»

De la «sur-analyse»

«L’USFP, l’Istiqlal et le PJD appellent à la création d’un front national unifié autour des questions de l’intégrité territoriale, la démocratie et les réformes politiques», lit-on sur le site officiel du Parti de la justice et du développement.
L’effet d’annonce a eu un impact réussi. À voir l’intitulé de l’information publiée sur le site islamiste, on est immédiatement poussé à croire que les trois formations sont sur le point de passer à l’acte. Mais, en lisant le texte, on se rend compte qu’il s’agit juste d’avis personnels. Ces avis sont exprimés par des acteurs politiques appartenant aux trois formations lors d’un débat organisé le 21 mars à Meknès. Il y avait, notamment, Driss Lachgar de l’USFP, Abdellah Baha du PJD, Mohamed Ansari de l’Istiqlal. Abdessamad Belkebir y participait en tant que chercheur.
En résumé, les quatre intervenants ont insisté sur le fait qu’il n’existe aucune incompatibilité entre les courants islamiste et socialiste et qu’ils sont, de ce fait, appelés à réunir leurs forces dans le cadre d’un front commun.
«Mais, un front pour faire face à quoi, ou à qui ?», s’interroge-t-on.
La logique veut que la création d’un front politique soit toujours une réaction à la naissance d’un adversaire, ou à une poussée soudaine de la force de ce dernier. Ce qui n’est, manifestement, pas encore le cas.
Le paysage politique marocain se caractérise d’ailleurs par l’absence de toute tension politique visible susceptible de pousser à la création d’une coalition aussi large et hétéroclite.
D’ailleurs, Abdessamad Belkebir, en voulant argumenter en faveur de la création de ce front, en a démontré l’inutilité puisqu’il y inclut tout le monde ne laissant personne de l’autre côté. «Le champ politique national est composé d’un courant libéral réunissant la référence salafiste et l’ouverture  qui est représenté par l’Istiqlal ; le courant socialiste qui a fondé sa référence sur l’amélioration de la situation sociale et politique ; et le courant islamiste qui défend à la fois les causes politico-sociales, et celles relatives à l’identité et à l’ordre des valeurs», a-t-il dit avant d’appeler au rassemblement de ces trois courants dans un front unifié.
En l’absence d’un adversaire, identifié et nommé, à affronter, un front politique est inutile à moins que l’on commence à entrer dans un jeu de spéculations pseudo-analytiques pour lui en trouver un.
Or, comme l’a bien dit l’un des grands analystes de la politique nationale – et il faut dire qu’ils se font de plus en plus rares –, le problème du Maroc, ces derniers temps, est que l’on est en train de faire de la «sur-analyse» ce qui fausse toujours le résultat de la réflexion alors que les choses sont infiniment plus triviales.

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