Déconnecté…, ce M. Landaburu !

Il est étonnant comment certains responsables diplomatiques étrangers nous prennent pour des imbéciles. Certains d’entre eux considèrent que nous ne sommes pas assez futés pour eux et que, de ce fait, cela leur permet de nous «vendre du poisson avant même qu’ils ne l’aient pêché», comme on dit au Maroc. C’est le cas de M. Eneko Landaburu, ambassadeur, chef de la délégation de l’Union européenne au Maroc. Animant une conférence de presse, mercredi à Rabat à l’occasion de la présentation à Bruxelles du rapport de suivi de la Politique européenne de voisinage (PEV), il a tenu un discours incohérent tant sur la forme que sur le fond. Sur la forme, on avait l’impression d’être dans une séance de la Star Ac où le candidat est debout devant un membre du jury qui lui explique pourquoi il lui permet de passer à la prochaine étape et lui prodigue des conseils sur ce qu’il devrait faire pour améliorer son rendement. Sur le fond, il est malheureux de constater que l’ambassadeur européen est à la fois déconnecté par rapport à l’évolution de la situation en Europe et pas très bien informé sur la métamorphose que connaît le Maroc. Car, aujourd’hui, la relation entre Rabat et Bruxelles n’est pas celle de maître à disciple. C’est pour cela que, quand l’ambassadeur commence à citer «les bonnes actions» du Maroc et lui promet son soutien s’il continue à être un bon élève, il se trompe d’approche. Le Plan Maroc Vert, le Programme de développement de l’énergie solaire, le Plan Halieutis, le Plan Azur, et tous les grands chantiers lancés par le Royaume ces dernières années ne sont pas des petits projets à vocation typiquement locale. Ce sont plutôt des projets géants qui constituent avec d’autres grands projets dans la rive Sud de la Méditerranée, l’avenir de l’Europe. Une Europe essoufflée et en quête d’ouverture sur des partenaires à l’avenir certain comme le Maroc pour pouvoir survivre aux conséquences désastreuses de l’auto-claustration qu’elle a cultivée pendant plusieurs décennies. Et à propos de claustration, on ne peut ne pas rire face à l’offre si «généreuse et futée» que M. Landaburu a fait au Maroc. Il a tout simplement proposé au gouvernement marocain de signer un accord acceptant sans conditions le rapatriement des clandestins, subsahariens ou autres, interceptés en Europe en contrepartie, tenez-vous bien, de l’allégement des procédures d’obtention de visas pour les Marocains. Et pour que cela puisse se faire, M. Landaburu exige que les négociations sur l’allégement des procédures de visas ne commencent qu’une fois que le Maroc ait signé l’accord de réadmission. Ne vous avais-je pas dit que certains diplomates croient pouvoir nous vendre du poisson avant qu’ils ne l’aient pêché?

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *