Décryptage : A chacun son métier !

On savait que le journalisme s’est transformé, ces dernières années, en «métier de ceux qui n’ont pas de métier», mais on ne savait pas que même ceux qui ont en déjà un peuvent vouloir se faire passer pour des donneurs de leçons dans le domaine du journalisme. On vient de le découvrir grâce à M. Ryad Mezzour. Dans un texte publié sur les colonnes du quotidien Le Soir, jeudi 4 novembre, M. Mezzour s’est permis, en l’espace d’un article, d’analyser le secteur de la presse au Maroc, de critiquer ceux qui le dirigent, de proposer aux décideurs marocains – au sommet de l’Etat – une solution style « package » pour résoudre tous les problèmes de la presse. Donc, on n’a plus besoin du ministère de la Communication, de la FMEJ ou du SNPM, ni même des efforts déployés, dans le cadre du débat national, sur plusieurs mois par un spécialiste des médias qui est Jamal Eddine Ennaji, etc. Tout cela n’a plus aucun intérêt. M.Mezzour s’est accordé la légitimité de donner des leçons au «makhzen», au gouvernement, aux politiques, aux journalistes, etc. Or pour s’adresser à tous ces gens à la fois, il faut avoir un minimum de légitimité. Celle dont excipe M. Mezzour est suffisante — il est citoyen marocain après tout, et libre de ses propos — , mais est-elle suffisante ? Diplômé en Génie mécanique, il n’a jamais eu de rapport avec le monde des médias. Son expérience professionnelle se résume à la vente des produits d’une entreprise de fonderie de plomb et à la commercialisation d’une marque de voitures florissante. Maintenant, après avoir présenté l’auteur, passons en revue certaines de ses idées ! «Le gouvernement marocain a suspendu les activités du bureau de Rabat de la chaîne Al Jazeera…les effets de cette décision sont d’ores et déjà catastrophiques pour notre pays», dit-il. De quelle catastrophe parle-t-il ? De quoi a-t-il si peur ? Comment une chaîne de télévision, quelle qu’en soit la dimension, peut-elle faire peur à un Etat? Si M. Mezzour a peur, on ne peut rien pour lui. Mais s’il craint pour le pays, il faut juste qu’il comprenne qu’il existe des structures officielles et sectorielles qui gèrent ce dossier et qu’il n’a qu’à se rassurer. Il survivra à la fermeture de la chaîne de l’Emir. Le meilleur qu’il puisse faire pour son pays, est de veiller, de son côté, à maintenir le dynamisme du marché automobile dans lequel il travaille. Mais, le problème semble être plus grave chez lui. Car, il se substitue à l’ensemble du secteur pour affirmer que «les médias marocains exercent sous liberté conditionnelle avec interdiction de franchir deux lignes rouges clairement tracées qui concernent l’institution monarchique et la question du Sahara marocain». Enorme. M. Mezzour a-t-il pratiqué un jour ce métier pour savoir qu’il y existe des lignes rouges ? Non. Mais, en tout cas, ce qu’il ignore, et c’est tout à fait normal pour un profane, c’est qu’il n’existe de lignes rouges que celles qui sont tracées par la loi. Et celles de la déontologie. Et dans un Etat de droit, on se doit de respecter les deux. Maintenant si M. Mezzour veut faire de la presse un «contre-pouvoir» à celui «du Palais», qu’il accuse arbitrairement de comploter contre la presse «libre» en la privant de publicité à travers un «makhzen économique influent», il a le droit de penser ce qu’il veut. Il doit juste assumer la responsabilité de ses affirmations, d’une part, et, d’autre part, il faut au moins qu’il ne se contredise pas en appelant à la création d’une instance qui punira les journaux contrevenants et «délivrera et retirera les autorisations de publication». Car, en disant cela, il se trahit lui-même et révèle aux connaisseurs qu’il ne sait pas du tout de quoi il parle. Croyant appeler à plus de liberté, il appelle à la restriction d’un droit acquis. De l’ignorance pure et simple. Le secteur de la presse traverse une période très critique au Maroc où, après des gestations difficiles mais naturelles durant les premières années d’ouverture démocratique, il se dirige vers une restructuration entrepreneuriale et sectorielle qui lui permettra d’être en phase avec l’élan moderniste que connaît le pays et de contribuer à sa croissance. Pour ce faire, le secteur a fait confiance à ses spécialistes, institutionnels et sectoriels, qui s’y attellent dans le cadre du dialogue «Médias et société». M.Mezzour, lui, n’a qu’à se pencher sur la croissance du secteur automobile au Maroc. Ses idées apporteront certainement beaucoup à ce domaine de réflexion. Quand on est spécialiste de tout, on est spécialiste de rien.

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