Décryptage : drôle de soutien !

Alors que le Maroc et l’Union européenne discutent du développement de leurs relations bilatérales et de l’élargissement de leurs domaines de coopération, la Grèce, pays membre de cette Union depuis 1981, se fait rejeter par ses associés au moment où elle fait face à une crise économique profonde.
Depuis plusieurs mois, ce pays souffre d’une grave crise économique qui menace sérieusement sa stabilité. Son Premier ministre, George Papandréou, avait déclaré, il y a quelques semaines, qu’il craignait pour l’indépendance de son pays. Pour lui, la situation est si grave qu’elle constitue une «menace pour la souveraineté de la Grèce». Cette déclaration du chef du gouvernement grec avait, en son temps, sonné l’alarme chez les citoyens de son pays qui, pour la première fois depuis la fin de la dictature en 1974, ont senti la peur de l’avenir les envahir à nouveau. La peur de l’avenir et la peur de se retrouver face à une situation dégradante pour un pays qui compte plusieurs milliers d’années de civilisation et de culture dont a bénéficié l’ensemble de l’humanité. D’ailleurs, cette crainte commence à se justifier. La semaine dernière, alors que M. Papandréou était en visite officielle à Berlin pour solliciter l’aide de l’Etat le plus puissant économiquement de l’Europe, le peuple grec a été choqué de voir comment des députés allemands se sont permis de multiplier les sorties médiatiques et parlementaires pour suggérer à la Grèce de vendre des îles pour faire face à ses dettes. «L’Etat grec doit renoncer à sa participation dans des sociétés, et vendre des propriétés foncières, comme par exemple des îles inhabitées», a dit un député pendant qu’un journal allemand titrait à la Une : « On vous donne du fric, vous nous donnez Corfou». Et Corfou, comme tout le monde sait, est l’une des merveilleuses îles grecques. En clair, voilà un partenaire qui vient chercher du soutien chez ses associés pour qu’ils l’aident à surmonter ses difficultés et qui, au lieu de se sentir soutenu, il se retrouve invité à renoncer à sa souveraineté sur une partie de son territoire. Cette réaction rappelle un peu l’état dans lequel se trouvaient certains pays du Sud avant leur colonisation. Faut-il rappeler que les puissances coloniales avaient commencé par envahir économiquement leurs pays cibles avant de les conquérir militairement. Et ce qui se passe, aujourd’hui, en Europe, est très alarmant. Cela signifie qu’un cadre économique et politique fort comme l’UE, qui est censé être un refuge contre les aléas extérieurs pour l’ensemble de ses membres, n’arrive plus à jouer ce rôle et risque de devenir un outil entre les mains des plus forts leur permettant d’exploiter les plus faibles. Ou de les rejeter s’ils ne sont plus utiles et se tourner vers d’autres horizons où il y a plus de richesses et de perspectives de croissance. Drôle de soutien !

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