Décryptage : entre le délégant et le délégataire

Décidément, pour certains éditorialistes, tous les Marocains seraient d’une naïveté flagrante. Ils gobent tout ce qu’on veut leur faire croire et ils marchent à toutes les combines qui visent à les endoctriner. Pour ce genre de commentateurs de la vie publique nationale, le Maroc serait partagé en trois catégories de gens. La première, majoritaire, serait éternellement dupée par le pouvoir et se ferait, tout le temps, manipuler par ceux que le pouvoir aurait chargé de gérer ses affaires en général et sa communication en particulier. Ces derniers constitueraient la deuxième catégorie. Ainsi, selon ces mêmes exégètes de la politique marocaine, il y aurait des médias affidés à ce pouvoir qui se chargeraient à plein-temps de vouloir «faire croire» que c’est seulement la monarchie qui marche et que le peuple serait «victime» de cette «propagande». La troisième catégorie, elle, serait composée des seules personnes intelligentes du Royaume. Celles qui comprennent tout, donc elles ne font pas partie de la populace répertoriée comme étant «naïve», et, en même temps, elles ne jouent pas le jeu «propagandiste» du pouvoir puisqu’elles sont les seules à entretenir une exclusive «pensée indépendante». Un édito récent, fait par l’un des ténors de cette classification des Marocains, estime que la communication sur les activités royales constituerait un danger pour la démocratie car elle «délégitime toutes les institutions et vide de son sens le principe de délégation du pouvoir qui est le socle de la démocratie». Or, notre analyste le dit lui-même : il s’agit de «délégation de pouvoir». Et la délégation de pouvoir signifie, quand on a un minimum de culture juridique, l’affectation d’une partie du pouvoir qui concerne le plus généralement l’aspect «exécution». Et dans ce cas, la bonne mise en œuvre par le délégataire devient méritoire auprès du délégant, pendant que le mérite de la chose dans son cadre général est attribué au délégant. Telle est la logique de la délégation du pouvoir dans la science de l’administration publique. Maintenant, si l’on veut juste faire du populisme, on peut aller jusqu’à dénoncer le fait que l’on n’attribue pas le mérite de la réalisation d’une autoroute, par exemple, à l’ingénieur qui a mené les travaux ou au contremaître qui les a supervisés et, pourquoi pas, à l’ouvrier… Ils sont tous méritants, c’est vrai. Mais, c’est le leadership ayant permis cette réalisation qui focalise, dans toutes les sociétés, la reconnaissance de la part des masses. C’est normal.

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