Décryptage : La main de la sage-femme…

Lors de son passage à l’émission Hiwar de la première chaîne de télévision publique, il y a quelques semaines, le secrétaire général du Parti du progrès et du socialisme (PPS), Nabil Benabdellah, a dit, à un certain moment de l’émission, une phrase très courte mais dont la portée est très significative par rapport à tout ce qui se passe sur la scène politique nationale. Il a juste rappelé le fameux dicton marocain qui dit «ma main et celle de la sage-femme…». Aujourd’hui, avec l’évolution de certains dossiers et la manière avec laquelle ils sont traités, on sent à quel point M. Benabdellah était très pertinent avec très peu de mots. Prenons pour exemple, le traitement médiatique sur les deux chaînes de télévision publiques des événements de Laâyoune. On remarque qu’il y a deux dimensions. La première concerne le volet informatif. A ce niveau, on doit reconnaître que tant la première chaîne comme 2M ont réussi à transmettre à l’opinion publique nationale la réalité de ce qui s’est passé à Laâyoune et à la tenir informée sur l’évolution de la situation depuis que l’affaire du camp de Gdim Izik a éclaté. Certes, il y a eu des petites erreurs de temps en temps comme le fait de passer une heure lors d’un télé-journal à vouloir prouver aux Marocains la mauvaise foi de la presse espagnole alors qu’il fallait la démontrer à l’opinion publique espagnole et internationale, mais, en général, l’aspect informatif a été bien géré. Il faut dire que le mérite en revient aux journalistes dans les deux télés qui, malgré le dénigrement systématique et injuste dont ils font l’objet de la part de certains milieux, restent de grands professionnels qui font leur travail avec abnégation et patriotisme. La deuxième remarque concerne l’aspect analyse et débat. Et là, on remarque qu’une main autre que celle de la sage-femme intervient. On n’est plus dans un environnement normal de télévision publique qui a pour mission d’informer et d’expliquer tout en préservant le principe de l’intérêt de la Nation, mais on se retrouve dans une ambiance de télévision sans identité. On ne reconnaît plus la télévision-service public, on se trouve face à de l’improvisation de gens qui veulent faire du populisme et démontrer leurs capacités personnelles à briser les tabous aux dépens d’une chose primordiale qu’est l’intérêt suprême de la Nation. Ainsi, on a vu le ministre de la Communication faire face à des attaques directes l’accusant, et à travers lui le gouvernement, d’être le principal coupable dans ce qui s’est passé dans les différentes étapes de l’affaire de Laâyoune. L’opinion publique a vu comment un journaliste de la télévision publique de Laâyoune interpelle le ministre de la Communication, son patron, pour lui exiger des explications sur les raisons qui ont poussé les responsables à refuser la retransmission en direct des pourparlers entre les miliciens des camps et les cadres du ministère de l’Intérieur. Il ne fallait plus que cela ! On a aussi vu l’animateur de l’émission abandonner son rôle de modérateur pour s’acharner hystériquement contre les dirigeants d’un émirat qui, jusqu’à nouvel ordre, demeure un Etat qui entretient des relations amicales avec le Royaume. Inacceptable sur une télévision publique ! Et on a vu aussi, sur 2M, un militant du Forum Vérité et Justice, revendiquer le droit des séparatistes à être invités à prendre la parole sur les deux chaînes de télévision publiques marocaines pour expliquer leur «point de vue». Le comble ! On a fait sur les deux chaînes publiques ce qui n’a pas été fait sur les télévisions espagnoles. On s’est jeté des pierres, on s’est accusé, on a montré que nos rangs n’étaient pas soudés et qu’on est fragile. Ce qui n’est pas vrai, par ailleurs. Car la Nation marocaine est forte et elle demeure très unie sur l’affaire du Sahara. Mais, il faut reconnaître que de tels dérapages provoquent chez le citoyen marocain une sorte de déstabilisation intellectuelle car il n’arrive pas à concilier ses convictions patriotiques et les dérives permissives à l’égard du séparatisme qu’il constate sur la télévision de son pays. N’est-il pas temps de mettre fin à l’intervention des autres mains et de confier l’accouchement à la seule main de la sage-femme ? Cela nous évitera de voir naître un bébé déformé conformément à l’adage marocain.

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