Décryptage : la politique ne se fait plus en chuchotant…

Qu’est-ce que l’on reproche exactement au Parti Authenticité et Modernité (PAM) ? Il est difficile de trouver une réponse satisfaisante à cette question tellement certains leaders politiques s’amusent à jouer à cache-cache avec l’opinion publique. Publiquement, ils parlent de leur respect du droit fondamental de toute personne à créer une formation politique alors que, dans les coulisses, on les trouve en train de fustiger le parti en l’accusant d’être la cause d’une régression dans le processus de démocratisation. Parfois on les entend l’accuser de concurrence déloyale et le plus souvent, ils se limitent à une critique de sa manière de recruter ses cadres estimant qu’il encourage la transhumance. La dernière critique qui est à la mode actuellement consiste à dire que l’existence même du PAM pourrait générer une aggravation du taux d’abstention lors des prochaines échéances électorales. Comment ? Les défenseurs de cette thèse estiment que la venue du PAM aurait décrédibilisé l’action politique. Une thèse très peu crédible, il faut l’avouer. Nul besoin, d’ailleurs, de rappeler que le taux d’abstention avait atteint son niveau le plus bas avant la naissance du PAM. En fait, jusqu’aux élections législatives de 2007, il y avait sur le marché trois catégories de partis politiques. La première regroupait tous les partis nés grâce à une fécondation artificielle. La deuxième était composée de partis regroupés au sein de la Koutla démocratique et qui, après avoir été essoufflés par trois décennies d’opposition, ont intégré le gouvernement où ils se sont vite essoufflés – encore une fois – à cause de leur incapacité à se régénérer. La troisième catégorie était constituée de partis politiques ayant une spécificité idéologique spécifique. Il s’agit notamment du Parti de la justice et du développement (PJD) et de quelques partis gauchistes dont la représentativité reste insignifiante. Cela dit, et au bout d’une décennie au pouvoir grâce à l’alternance, l’électeur marocain s’est retrouvé face à deux choix. D’un côté, des partis qui se ressemblent tous puisque l’ancienne opposition n’a pas su tenir un discours de gouvernement différent et l’ancienne majorité n’a pas du tout réussi à développer un discours d’opposition. Et d’un autre côté, il y avait le PJD qui se démarquait par son discours qui rompait avec ce qu’il y avait sur le marché. Aussi, aller voter le jour des élections n’intéressait que les militants mobilisés par les partis des uns et des autres. Pour les citoyens sans appartenance politique, qui devraient constituer la majorité de la masse électorale dans un système démocratique sain – la mobilisation n’avait aucun intérêt. «ils sont tous pareils», dit la majorité. Objectivement parlant, le mérite du PAM est qu’il a introduit sur le marché une nouvelle façon de faire la politique qui est censée provoquer une dynamique politique dans le pays tant du côté de la majorité que de l’opposition. Quand il était dans la majorité, il agissait en force de suggestion rebelle et non soumise au gouvernement et quand il a intégré l’opposition, il a su tenir un discours axé sur la dénonciation, la critique et la proposition d’alternative. Maintenant, que ceux qui se lamentent sur leur sort en chuchotant les uns dans les oreilles des autres qu’ils sont victimes d’un complot cessent de le faire et qu’ils entament une véritable métamorphose pour pouvoir exercer, chacun de son côté, la mission démocratique qui lui incombe dans l’encadrement des citoyens. Le monde a changé et le Maroc aussi. Et la politique ne se fait plus en chuchotant dans les coulisses mais en allant vers les électeurs. C’est eux qu’il faut convaincre et encadrer au lieu de continuer à tourner dans un cercle fermé.

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