Décryptage : le néo-complotisme marocain

Un observateur avisé de la vie politique nationale ne pourrait s’empêcher d’établir un lien entre l’escalade d’hostilité à l’égard du Parti Authenticité et Modernité émanant à la fois du parti de l’Istiqlal et du Parti de la justice et du développement (PJD). La ressemblance dans le contenu et dans le ton rejoint la coïncidence dans le timing pour donner lieu à une seule interrogation: existe-t-il une sorte de coordination quelque part entre les deux formations pour développer une théorie complotiste autour de la formation de Mohamed Cheikh Biadillah ? Les faits. La presse nationale attribue au secrétaire général du parti de l’Istiqlal des déclarations dans lesquelles il aurait évoqué le danger que représenterait le PAM pour le système politique national. Deux jours après, un chroniqueur du quotidien Al Alam publie un texte alarmant dans lequel il estime que le nouveau parti est une menace contre le processus de démocratisation et rappelle dans une insinuation très grave que tous les «complots que le Maroc a connus par le passé ont émané du cercle rapproché du centre de décision». Le même chroniqueur revient à la charge dans l’édition du jeudi 21 octobre en faisant l’éloge du PJD auquel il trouve beaucoup de qualités dont il relève notamment le sens du patriotisme, et en attaquant frontalement le PAM en évoquant encore une fois les complots et les tentatives de coup d’Etat que le Royaume a connus dans son histoire récente. «Nous disons à ceux qui veulent chercher une opposition imaginaire pour faire preuve au régime… que Oufkir est mort en comploteur qui s’est suicidé et que Dlimi est mort dans un accident de circulation…» Le lien ainsi établi par l’auteur entre ces généraux comploteurs et les initiateurs du PAM est inapproprié et dénote d’une mauvaise foi avérée sans oublier bien sûr que l’auteur fait preuve d’une ignorance politique flagrante. Parallèlement à ces sorties hasardeuses de cadres istiqlaliens qui semblent échapper au contrôle du patron de l’Istiqlal, le PJD, lui, soutient la même thèse. Après avoir développé ce discours devant ses élus communaux, le secrétaire général du PJD, Abdelilah Benkirane, est allé défendre sa théorie sur le complot antidémocratique supposé du PAM sur les colonnes du journal algérien Achourouq. Le lien entre les deux campagnes accusant les initiateurs du PAM de comploter contre la démocratie est donc avéré. Ce qui reste à savoir c’est la nature de l’alignement du PI sur cette position du PJD. S’agit-il d’une position officielle adoptée et validée au sommet du parti de feu Allal El Fassi ou s’agit-il juste de pulsions émanant d’un clan particulier dont les rênes commencent à échapper sérieusement à la direction traditionnelle de la formation istiqlalienne ? Qui sait ?

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