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Décryptage : mariage islamiste ou islamique ?

Le directeur du quotidien arabophone Attajdid estime dans un éditorial publié, hier mardi 12 octobre, que la société marocaine connaît des «dysfonctionnements» provoqués par «une application de la Moudawana non conforme à l’esprit de ce texte de loi et en contradiction avec son objectif qui vise la construction d’une famille marocaine stable et forte, capable d’assumer son rôle dans le développement du Maroc». L’énoncé est bon. Et personne ne pourrait contredire Si Mustapha El Khalfi dans son analyse. D’autant plus que la préservation et la consolidation des liens familiaux est un objectif noble qui n’est contesté que dans certains milieux anarchistes qui restent très marginaux dans notre société. Mais, là où le directeur du quotidien du Mouvement unicité et réforme (MUR) sort de la logique qu’il a lui même développé c’est au moment où il tente d’imputer l’échec de la construction d’une famille marocaine solide à la simplification de la procédure de divorce judiciaire. Cette procédure qui a connu, selon les dernières statistiques, une augmentation de 13%. M. El Khalfi va même jusqu’à y voir une menace de la fertilité des Marocains qui pourrait conduire à l’effondrement de leur croissance démographique. Or, il s’agit là d’un contre-sens. Car, d’abord, il faut définir ce que c’est qu’une famille solide et stable. En Islam, comme dans toutes les sociétés modernes et civilisées, il s’agit essentiellement d’une famille unie par l’amour, l’entente et la volonté commune de vivre ensemble dans le bonheur. Le premier lien qui renforce la famille et empêche sa dislocation est donc l’amour, l’envie de vivre ensemble. Or, partant de sa logique, on comprend que M. El Khalfi prône une stabilisation de la famille par la force de la loi. Car, en critiquant la simplification de la procédure de divorce judiciaire avec ses différentes voies (Al Chikak, Al Kholaâ, Al Hajr, etc.), il impute l’instabilité familiale à l’accès de la femme marocaine à un droit humain fondamental – grâce à la nouvelle Moudawana – à savoir la capacité de mettre fin à un lien de mariage quand elle estime que la vie en commun avec son mari devient préjudiciable pour elle. L’approche de M. El Khalfi prône une régression vers le monopole par l’homme du droit de choisir de garder une femme ou de la libérer. La nouvelle Moudawana a rompu avec la tutelle primitive de l’homme sur la femme. Bien qu’il reste beaucoup à faire dans ce sens. Car, jusqu’à ce jour, une femme ne peut pas dire tout simplement et franchement à un juge «je veux quitter cet homme car je ne l’aime plus». La différence entre une vision islamiste et la vision islamique de la famille est que la première prône la tutelle primitive de l’homme sur la femme l’empêchant de faire valoir sa volonté alors que la seconde est basée sur le principe fixé par le verset 286 de la Sourate Al Bakara qui dit «Allah n’impose à aucune âme une charge supérieure à sa capacité».

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