Décryptage : où est la mauvaise foi ?

Notre confrère Ahmed Benchemsi, directeur de TelQuel, « inflige » – c’est lui qui le dit et s’en excuse par anticipation – à ses lecteurs dans le dernier numéro de sa revue un éditorial sur l’affaire du Sahara. Dans cette «analyse», M. Benchemsi estime que le problème essentiel de ce dossier réside dans le fait que les différents envoyés onusiens qui ont été chargés de sa gestion ont été confrontés à «l’absence de bonne foi» chez les parties. D’où le blocage permanent, et qui semble s’éterniser, du dossier. Un constat juste et avéré. C’est la conclusion à laquelle sont parvenus tous les prédécesseurs de Christopher Ross avant de jeter l’éponge. Toutefois, M. Benchemsi part d’un constat onusien rédigé dans un langage diplomatique très raffiné pour généraliser ce jugement à toutes les parties et s’engager dans une auto-flagellation incompréhensible. Pour lui, l’absence de bonne foi existe aussi du côté marocain. «M. Ross sait bien (ou alors il ne le sait pas, ce qui serait grave pour lui) que ce qui bloque l’avancement du dossier depuis deux décennies, c’est justement l’absence de bonne foi des protagonistes. Tous les protagonistes», écrit-il. Plus loin, il ajoutera : «chaque partie, «constructive» ou pas, sait pertinemment que si elle veut avancer, elle doit être ouverte aux positions des autres et prête à assouplir les siennes. C’est ce qu’on appelle la disposition au compromis, et cette disposition n’existe chez aucun des protagonistes de ce conflit, aujourd’hui pas plus qu’hier». Résumons le point de vue de M. Benchemsi : même du côté marocain, il n’y a pas de bonne foi car le Maroc ne veut pas assouplir sa position et il n’est pas disposé au compromis. Or, cette lecture semble être d’une autre époque. On l’aurait acceptée il y a quelques années, avant que le Maroc n’ait mis sur la table des négociations la solution de l’autonomie élargie. Car, avant, il y avait deux attitudes entièrement opposées : le Maroc qui s’attachait à «la souveraineté totale» et le Polisario qui exigeait «l’indépendance totale». Or, en proposant le Plan d’autonomie, le Maroc fait une concession de taille sur sa position initiale et renonce à une partie de sa souveraineté sur le territoire des provinces du Sud au profit des habitants de la région. L’autre partie, elle, continue à refuser de faire une quelconque concession. Comment peut-on alors accuser le Maroc de manquer de bonne foi pour résoudre le conflit ? Que devrait-il faire de plus ? M. Benchemsi, qui pense que le Royaume aurait pu faire mieux, a peut-être une réponse à cette question. Mais, en tout cas, il n’y répond pas dans son édito. En fait, sérieusement, tout le monde sait que le Maroc a démontré sa bonne foi. D’où la situation diplomatique confortable dans laquelle il s’est installé ces dernières années. Mais, en éternisant le blocage, l’autre partie cherche à le pousser à d’autres concessions comptant sur le côté humanitaire du dossier. Car, la seule différence entre les deux parties, c’est le fait que le Maroc n’est pas indifférent à la souffrance de ses fils à Tindouf et cherche à y mettre fin, alors que pour l’Algérie ce ne sont que des otages qui servent de moyen de pression. Rien d’autre. De quel côté se situe alors la mauvaise foi ?

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