Décryptage : tout va bien… parole de ministre

Le ministre des Habous et des Affaires islamiques a enfin accepté de s’adresser à l’opinion publique. On l’attendait depuis longtemps. On l’a attendu lorsqu’on avait découvert – grâce aux services de renseignements – que des Iraniens avaient pu tisser des réseaux de prosélytisme chiite au Maroc, et il n’avait pas daigné s’expliquer. On l’a aussi attendu lorsque les autorités publiques ont découvert et démantelé quelques réseaux d’évangélistes s’activant au Maroc. En vain. On a sollicité son point de vue sur l’opportunité d’un dialogue avec les idéologues de la Salafiya Jihadia, mais il a réussi pendant des années à éviter de clarifier sa position sur la question, etc. Mais, mardi 23 février, notre confrère Mustapha Alaoui, qui a un «don» assez particulier pour faire parler les plus hésitants, l’a fait sortir de son «mutisme» afin qu’il explique aux Marocains pourquoi est-ce qu’une mosquée est tombée en ruine faisant 41 morts et 76 blessés parmi des fidèles venus faire leur prière du vendredi sacré. Toutefois, tous ceux qui ont suivi l’émission sont restés sur leur faim. Le ministre n’a pratiquement pris de position claire sur aucune affaire. D’abord, et avant de commenter les questions de fond, une petite remarque sur la forme s’impose. D’habitude, la composition des invités sur le plateau de Hiwar correspond à l’image que l’invité veut donner de sa vision des choses, de ses alliances politiques, de ses affinités culturelles, de ses amitiés, etc. Le ministre des Habous, lui, s’est contenté d’inviter des ouléma et des fonctionnaires de son ministère. Or, si l’on peut comprendre sa décision de ne pas inviter des leaders politiques pour montrer que son département était totalement apolitique, on ne peut pas comprendre pourquoi est-ce qu’il n’y avait sur le plateau aucun intellectuel, aucun artiste, aucun homme de lettres, aucun dramaturge, etc. Il n’y avait que des hommes vêtus de djellabas et des femmes voilées. Il n’y avait pas de correspondance entre le discours sur l’islam moderne dont il prétend être le porteur et l’image sur le plateau. C’est dire que l’Islam au Maroc resterait lié à la djellaba et au voile. Dommage ! Sur le fond, les ratages du ministre sont multiples. D’abord sur l’affaire de la mosquée de Meknès. Interrogé sur les intentions du gouvernement en ce qui concerne l’octroi d’indemnités aux ayants droit des victimes, le ministre s’est limité à dire que cette affaire relevait des prérogatives d’Imarat Al Mouminine. Erreur monumentale puisque le ministre fait une confusion entre deux choses tout à fait différentes. Imarat Al Mouminine trace les grandes lignes de la chose religieuse au Maroc et veille à ce que ces lignes ne soient jamais outrepassées. Mais qu’une mosquée tombe sur la tête des gens parce qu’il y a eu, éventuellement, une négligence humaine, cela relève du travail du gouvernement. Le Souverain a accordé un don aux familles des victimes sur ses fonds propres. Mais, le gouvernement dont fait partie le ministre des Habous s’est-il inspiré de cette initiative louable du Souverain ? Non. Pour le reste des sujets, on peut résumer l’intervention du ministre en deux mots: «rien à craindre». Selon lui, il n’y a pas eu de percée chiite, les évangélistes n’ont aucune chance, il n’y a rien à craindre de la Salafiya car tous les ouléma marocains sont des Salafistes, etc. Bref, tout va bien et il n’y a aucune raison pour bouger ou faire quelque chose, selon M. Ahmed Toufiq. Message reçu, certes, mais pas rassurant du tout. Malheureusement !

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