Démission de Ramid : faux héroïsme à la sauce islamiste

Démission de Ramid : faux héroïsme à la sauce islamiste

Me Mustapha Ramid, le célèbre député islamiste du PJD, menace de démissionner du Parlement. Il prétend que les autorités administratives l’empêchent d’exercer des activités relevant de l’intérêt général. Un argument très vague qui suppose plusieurs interprétations. Chacun le verrait à sa manière. Mais, il promet néanmoins une explication plus détaillée, mercredi prochain, lors d’une conférence de presse. En attendant de plus amples explications, comme il le promet, il peut déjà se vanter d’avoir créé l’événement et attiré l’attention sur lui et, partant, sur son parti. La stratégie est classique et tout le monde s’y est déjà habitué dans le champ politique marocain : Ramid est le rabatteur de l’opinion publique vers le parti islamiste. Il a toujours joué ce rôle. La tactique est simple : il crée une polémique, le parti suit de près la situation en simulant une distance avec le «député rebelle» et, si le coup marche, les ténors de la formation islamiste montent au créneau pour le soutenir, et si le coup s’avère une mauvaise affaire, on attribue les dégâts à «l’impulsivité» du parlementaire. L’histoire récente pullule d’exemples de ce genre d’affaires. Il est donc difficile de croire à l’acte individuel dans l’affaire de la menace de démission de l’avocat islamiste. Alors que cherche le PJD à travers cette attitude? Pour les observateurs c’est très simple : il s’agit d’une action populiste qui fait partie de la politique de propagande du PJD. Explications. Depuis qu’il existe, le parti islamiste a adopté une stratégie politique basée toujours sur la dualité : un parti politique soutenu par un mouvement islamiste, une aile qui simule la modération gérée en back-office par une aile intégriste, un attachement à la démocratie et à la pluralité qui cache des pulsions éradicatrices, etc. Et dans le feu de l’action, il y a toujours eu le même jeu : des députés qui créent l’action et des députés qui jouent sur la réaction. D’ailleurs, il suffit de rappeler comment est-ce que le PJD joue sur l’alternance à la tête du parti comme à la tête de son groupe parlementaire entre les colombes – prétendues – et les faucons avérés. Cela donne à la tête du parti la formule suivante: Othmani qui succède à El Khatib, Benkirane qui succède à Othmani. Et à la tête du groupe parlementaire : c’est Baha qui succède à Ramid, Ramid qui succède à Baha, Ramid qui est à nouveau exclu, etc. Un jeu dont la seule finalité est d’attirer le regard de l’opinion publique vers le parti islamiste. Et là encore, il y a une dualité. Le parti a choisi deux images qu’il alterne de façon systématique : tantôt il s’érige en victime du système, tantôt il se présente en héros du peuple. Dans le cas de Me Ramid, sa prétendue démission est un double jeu qui regroupe les deux images à la fois. « Je voulais aider le peuple à travers une action humanitaire – héroïque – et je me retrouve victime d’un abus d’autorité », semble-t-il dire. Une magistrale action de propagande, mais le scénario est usé et n’a plus aucun effet. Il est temps pour les dirigeants du parti obscurantiste de changer de stratégie, car celle qu’ils appliquent depuis dix ans est devenue tellement obsolète qu’elle frôle le ridicule.

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