Des bédouins des temps modernes

Pare-chocs contre pare-chocs, des milliers de tout terrains « montent » vers Rub’ al-Khali, le désert le plus aride de la planète, pour être témoins de l’assaut de Tell Morab (la dune terrifiante).
Plus de 50.000 nostalgiques de la vie bédouine, des adeptes de compétitions automobiles ou, simplement, des curieux se sont donnés rendez-vous pour la fin de semaine dans ce coin de désert au pied de la dune de sable donnée pour la plus haute au monde, avec ses 290 mètres de hauteur.
La dune est située entre l’oasis de Liwa, à quelque 200 km au sud-ouest d’Abou Dhabi, et la frontière sud-est de l’Arabie saoudite, aux portes du « Quart Vide », un désert aride et inhospitalier de près de 650.000 km2.
Ni la tempête de sable qui déferle sur les cordons dunaires rosâtres avec son brouillard de poussière microscopique et pénétrante, ni le froid nocturne cinglant du désert, ne dissuadent la foule de « vivre » jusqu’à l’aube les prouesses des champions d’une quinzaine de pays arabes et européens, engagés dans l’escalade de la pente raide et sablonneuse.
Plus de deux cent concurrents dont un champion du monde, l’Irlandais Robert Crawford, chevauchant des quadbikes ou des 4X4 aux moteurs dopés, ont répondu à l’appel des organisateurs de cette « épreuve d’endurance » qui vise selon eux « la promotion touristique » de cette zone et « la conservation du patrimoine sportif » de leurs ancêtres, les bédouins.
Ils se sont relayés, deux nuits durant, pour tenter d’atteindre le sommet du monticule sablonneux, éclairé par des projecteurs et par des feux d’artifice.
Le choix des pneus est déterminant et la bataille fait rage entre les adeptes de Bridgestone et ceux d’Uniroyal.
Bon nombre de concurrents jettent l’éponge aux premiers mètres du parcours. Certains sont éliminés pour s’être écartés de la trajectoire. D’autres abandonnent pour avoir été trahis, à mi-parcours, par un moteur qui lâche ou un filtre qui brûle. Des Emiratis, familiers de cet exercice, atteignent le sommet sous les hourras et les applaudissements frénétiques de milliers de fans, pour la plupart accroupis durant de longues heures, à même le sol balayé par des rafales de sable et de vent glacial… une autre épreuve d’endurance.
Les invités de marque, dont plusieurs membres des familles régnantes d’Abou Dhabi, de Dubai et de Charjah, suivent le spectacle depuis une tente gigantesque.
Une tente est réservée aux femmes pour la plupart en abbaya noire.
Le spectacle se joue aussi sur la plaine sablonneuse, limitrophe de la dune rebelle, où ont été dressées des centaines de tentes et où plane un air de fête.
Tout concourt au défoulement. D’abord, la musique qui fuse de partout. Ensuite, l’odeur de méchoui s’exhalant des restaurants de fortune. Il y a aussi les pâtisseries et les cafés-chichas (cafés-narguilés) improvisés.
La police d’Abou Dhabi en profite pour installer une exposition de photos de véhicules accidentés… pour calmer les automobilistes imprudents.
Une carcasse disloquée portant l’inscription « pas de vitesse? pense seulement au résultat », trône sur des pneus usagés.
La fête se poursuit jusqu’à l’aube, animée par la cantatrice émiratie, Ariam.
Tout le monde y trouve son compte, sous le regard des dromadaires, vrais habitants de Liwa, qui contemplent impassibles, l’agitation de cette foule d’intrus.

• Habib Trabelsi (AFP )

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