Développement : un plan pour l’Afrique

L’Afrique s’est-elle, finalement, réapproprié son destin ? Cet heureux constat est étayé par un acte fondateur et d’autant plus significatif qu’il émane des pays africains eux-mêmes. La première conférence africaine sur le développement humain, qui a réuni vendredi et samedi à Rabat 43 pays africains, s’est soldée par l’adoption d’une «Déclaration» qui ne manquera pas de faire date. Cette Déclaration, adoptée par 47 ministres africains, dont 26 chefs d’Etat, est d’abord un pur produit africain.  «Ce ne sont pas des gens extérieurs au continent qui viennent imposer leurs idées mais c’est notre voisin d’à côté qui nous parle de ses expériences», s’est félicité le directeur régional du Programme de l’ONU pour le développement (PNUD), Gilbert Houngbo, dans une référence au Maroc, l’instigateur de cette initiative, et plus précisément à l’Initiative nationale pour le développement humain (INDH) que le Royaume a mise en œuvre.
Le Maroc apporte la preuve concrète de ce que peut faire une Afrique qui, depuis des décennies, sinon des siècles, ne fait plus parler d’elle qu’à travers la pauvreté, la charité-business, les guerres fratricides, les exodes massifs, les épidémies, et autres maux ravageurs. La première conférence africaine sur le développement humain, et la  «Déclaration de Rabat» à laquelle elle a donné naissance, s’inscrit justement en rupture avec cette longue et sombre page qui a valu au Continent Noir de rester à la traîne du commun des nations. «Cette conférence tranche avec les autres rencontres où sont prononcés des discours et des déclarations qu’on range ensuite dans les tiroirs», a précisé le ministre sénégalais des Affaires étrangères, Cheïkh Tiadiane Gadio.
Or, en quoi consiste l’originalité de la conférence de Rabat ? Premièrement, les 47 ministres africains ont convenu de mettre sur pied un «comité de suivi», une sorte de canal à travers lequel les pays africains pourront échanger leurs expériences afin d’éviter de refaire l’expérience des autres. Ce comité doit se réunir tous les six mois et la prochaine conférence aura lieu au Gabon en 2009. D’ici là, les pays africains s’engagent, comme le stipule la «Déclaration de Rabat», à «mettre à profit toutes les potentialités pour asseoir une véritable coopération africaine dans le domaine du développement humain, encourager les partenariats interafricains en vue de partager les expériences et les expertises, et créer les synergies nécessaires pour une meilleure utilisation des ressources». Reste à savoir comment.
Une véritable feuille de route est proposée par la «Déclaration de Rabat» : «création d’un réseau africain d’experts en matière de développement humain», «mise en place, au niveau de chaque pays africain, d’un mécanisme de promotion de microcrédit», «promotion des programmes d’éducation formelle et non-formelle (…), en vue de poursuivre, d’une manière plus efficace et plus accélérée, la lutte contre l’analphabétisme et la marginalisation», «mise en œuvre progressive des politiques de gestion déconcentrée en vue de soutenir la réforme de décentralisation», «tenue d’un forum africain des institutions en charge de la planification et des statistiques, en vue d’approfondir la réflexion sur les grilles des indicateurs du développement humain», mise à profit des «opportunités égales pour les femmes et les hommes pour l’accès aux ressources, à l’éducation, à l’emploi et aux services sociaux »… L’élément africain est au cœur de ce que l’on peut appeler un véritable manifeste pour le développement en Afrique.  

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