Dominique de Villepin face aux syndicats

Le nouveau Premier ministre français Dominique de Villepin, qui s’est donné cent jours pour convaincre des Français inquiets et sceptiques, a affiché lundi sa détermination à lutter contre le chômage, mais les syndicats l’ont mis en garde contre un tournant libéral de la politique de l’emploi.
Alors que selon un sondage, plus des deux tiers des Français (68%) ne croient pas qu’il parviendra à rétablir la confiance dans le délai qu’il s’est lui-même fixé, M. de Villepin a entamé une vaste série de consultations avec les syndicats et le patronat pour donner le coup d’envoi de sa "bataille pour l’emploi".
Les syndicats l’ont mis en garde contre un tournant libéral de la politique de l’emploi, prôné par le numéro deux du gouvernement Nicolas Sarkozy, et contre une "remise en cause du code du travail".
Ce serait comme agiter un "chiffon rouge", a déclaré le secrétaire général de Force ouvrière (FO), Jean-Claude Mailly, à sa sortie de Matignon.
Dans ce cas, "ce sera la rue", a averti le président de la Confédération française des travailleurs chrétiens (CFTC), Jacques Voisin.
"Si d’aventure, c’était ça la feuille de route gouvernementale, inévitablement nous irions à des tensions très rapides et très importantes dans notre pays", a renchéri le secrétaire général de la Confédération générale du travail (CGT/gauche), Bernard Thibault.
"Si le gouvernement imagine que la réponse au malaise social, c’est donner plus d’insécurité, il s’est complètement planté", a déclaré le secrétaire général de la Confédération française démocratique du travail (CFDT/gauche), François Chérèque.
Dimanche, le Premier ministre avait réuni les 31 ministres du gouvernement formé jeudi pour leur demander de "consacrer toute leur énergie", et "sans tabou", à la lutte contre le chômage, décrétée priorité absolue.
Le chômage touche 10,2% de la population active, un des taux les plus élevés d’Europe, et il est devenu le souci numéro un des Français, loin devant l’insécurité. L’inquiétude sociale fait partie des principaux facteurs avancés pour expliquer la large victoire du non au référendum français du 29 mai sur la Constitution européenne.
"Les Français veulent que ça change", titrait lundi le quotidien populaire Le Parisien, traduisant ainsi "l’ampleur de la crise" d’un "pays, angoissé et bloqué". Mais près de la moitié des Français (49%) ne croient pas au changement et pensent que Dominique de Villepin "fera pareil" que son prédécesseur Jean-Pierre Raffarin.
Pour illustrer sa détermination, le nouveau Premier ministre a pris l’initiative sans précédent de recueillir "les analyses et les propositions" des partenaires sociaux avant sa déclaration de politique générale devant les députés, prévue mercredi. Il devait recevoir en dernier les représentants du patronat.
Les observateurs s’interrogent sur les choix sociaux de M. de Villepin. Si le modèle anglo-saxon n’a pas ses faveurs, celui du Danemark avec "ses mesures tout à fait originales, plus respectueuses de l’exigence sociale", selon ses propos, semble l’inspirer davantage.
Les partenaires sociaux ont fait part lundi de leur circonspection face à cette idée de s’inspirer de modèles étrangers.

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