Drôle de médiation

Drôle de médiation

La médiation du président libyen Mouammar Kadhafi a été rejetée par les forces démocratiques mauritaniennes. Le Front national pour la défense de la démocratie (FNDD), mouvement qui regroupe toutes les composantes de la société politique et associative mauritanienne qui se sont opposées au coup d’Etat du 6 août 20008 en Mauritanie, a déclaré, officiellement, son opposition à la candidature libyenne spontanée pour mener une médiation entre les putschistes et les démocrates.
Cette opposition est expliquée par le FNDD par le fait que la Libye a une position claire sur la question : elle appelle à l’acceptation du fait accompli, donc à la reconnaissance d’un pouvoir issu d’un coup d’Etat. Ce qui contredit la position défendue par le guide de la Jamahiriya lui-même au sein de l’Union africaine (UA) à savoir la non-reconnaissance systématique des pouvoirs nés de coups d’Etat. Un principe qu’il a défendu dans l’objectif, disait-il, de mettre fin à cette mode spécifiquement africaine de ne faire de transition de pouvoir qu’à travers les armes et de ne jamais accepter le verdict des urnes.
«Nous ne pourrons jamais prendre part à une médiation sous l’autorité de la Libye tant que les Libyens n’auront pas changé d’attitude et cessé de chercher à nous faire accepter le fait accompli putschiste», a déclaré, lors d’une conférence de presse, le porte-parole du front cité par l’AFP.
Ceux qui appellent à un retour à la légitimité démocratique en Mauritanie et au rétablissement de l’ordre constitutionnel considèrent que le président Kadhafi n’est pas habilité pour jouer le rôle de médiateur. Mais, au-delà, à quoi la négociation peut-elle mener sinon à tirer le nouveau pouvoir mauritanien de l’impasse dans laquelle il s’est enfoncé sans en calculer les conséquences.
La sortie de secours proposée par le colonel libyen prouve que la volonté est de faire reconnaître le pouvoir en place en lui procurant une reconnaissance indirecte des forces démocratiques à travers la signature d’un accord basé sur le partage du pouvoir. «Kadhafi nous a signifié que les négociations sont terminées et que le général Ould Abdel Aziz était prêt à nous faire participer au pouvoir, nous conviant aux futures élections présidentielles du 6 juin», a déclaré le porte-parole du FNDD.
«Ce qui est fini est fini», avait déclaré, mercredi, le président Kadhafi à la fin d’une série d’audiences qu’il a accordées aux deux parties en déclarant fermant la porte aux interventions des forces démocratiques. Ce qui ne correspond nullement à un rôle de médiateur mais plutôt à celui d’un juge énonçant un verdict sans appel. Drôle de médiation.

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