Eglise : Le scandale des abus sexuels

Les scandales sexuels qui ont secoué l’église catholique aux Etats-Unis planent tout particulièrement sur Boston, dans leMassachusetts (Est), où les affaires de pédophilie ont ébranlé l’un des prélats les plus en vue du pays, le Cardinal-Archevêque Bernard Law.
Au centre de la gare ferroviaire Boston South, une petite exposition attire l’attention des voyageurs : des Tee-shirts, suspendus à des cordes et portant des messages tels que « Ce n’est pas votre faute et vous ne méritez pas ça » ou « En dix minutes, vous avez pris ce qui m’appartenait ».
Cette présentation dans un lieu de passage symbolise l’atmosphère qui règne dans la ville, qui bruit des discussions sur le sujet.
« Je ne comprends pas pourquoi c’est un tel problème ici », remarque le gérant d’une petite poissonnerie en face de la cathédrale sainte-croix. Le commerçant, qui préfère utiliser le pseudonyme Matthew Mcshane pour parler à la presse, note qu’il n’était pas au courant de tels actes lorqu’il était élève dans un établissement catholique il y a plus de vingt ans.
Ces affaires « vous rendent un peu nerveux quand vous envoyez vos enfants quelque part », reconnaît-il en soulignant que « c’est un ‘oeil au beurre noir’ pour le diocèse ».
Le cardinal Law, 71 ans, a « couvert » pendant près de 30 ans un prêtre pédophile récidiviste, le père Paul Shanley, 70 ans, accusé d’agressions sexuelles sur au moins 26 enfants.
Considéré comme un proche de Jean Paul II, l’archevêque a récemment rencontré le pape au Vatican et s’est déclaré « encouragé dans ses efforts visant à faire en sorte qu’aucun enfant ne soit jamais plus abusé par un prêtre dans le diocèse ».
Mais de nombreux catholiques de la région de Boston se sont sentis trahis par leur clergé, ou même par l’église dans son ensemble.
Dans un récent sondage du quotidien Boston globe, 53% des personnes interrogées ont déclaré qu’elles avaient perdu confiance dans l’église en tant qu’institution. Et 65% ont estimé que MGR Law devait se retirer.
« Le cardinal devrait être tenu pour responsable en tant que dirigeant de l’église », déclare Anibal Sosa, vénézuélien d’origine. « Il devrait rendre des comptes », selon lui.
Mais pour d’autres paroissiens, il faut aller chercher ailleurs. « C’est la faute des parents », estime Mike, qui travaille dans une pizzeria en face de la cathédrale. « Pourquoi cela a-t-il pris tant de temps pour que ces personnes sortent du placard, pourquoi maintenant, tout à coup? », s’interroge-t-il.
Pour C.J. Doyle, de la ligue d’action catholique du massachusetts, une partie du problème du clergé réside aussi dans l’homosexualité. « Il semble que nous avons une proportion curieusement importante d’homosexualité parmi les prêtres », note-t-il en citant les « histoires horribles » de jeunes séminaristes « repoussés, et même effrayés par la présence d’un nombre tellement disproportionné d’homosexuels ».
Certains catholiques de Boston dénoncent cet amalgame entre pédophilie et homosexualité. « Une des choses qui m’ennuient est que tous ces prêtres en profitent pour dire qu’ils sont homosexuels », déclare Anibal Sosa. « Comme s’il y avait un lien entre être homosexuel et s’attaquer aux enfants », déplore-t-il.
Jean Paul II a convoqué les 23 et 24 avril au vatican les treize cardinaux de l’église catholique américaine à la suite des nombreux cas d’abus sexuels, un effort pour tenter de restaurer la confiance dans l’église américaine. Et en juin, les évêques de tous les Etats-Unis se rassembleront à Dallas (Texas) pour discuter du même sujet.
Mais toutes ces réunions laissent certains sceptiques. « L’église n’en fait pas beaucoup pour reconnaître sa responsabilité », regrette Jana Savage. « Je pense que c’est vraiment pour la galerie », estime-t-elle.

• Chanan Tigay (AFP)

Articles similaires

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *