Egypte : Non à l’hérédité du pouvoir

C’es le premier rassemblement public de l’opposition sur le thème de la réforme institutionnelle, dont le gouvernement a dit récemment qu’elle ne constituait pas une priorité. Il a été organisé par le Mouvement populaire pour le changement, dominé par les Frères musulmans (interdit, mais toléré), ainsi que l’organisation Campagne populaire pour le changement, qui regroupe plusieurs associations de la société civile.
Des adhérents ou sympathisants de la plupart des partis égyptiens de toutes obédiences politiques, ainsi que des personnalités indépendantes, étaient également présents à cette manifestation, a constaté une journaliste de l’AFP.
« La manifestation d’aujourd’hui est un signe d’unité de toutes les forces politiques et nous donne l’espoir que nous allons briser l’encerclement », a dit à l’AFP la féministe Nawal Saâdaoui, canditate à la prochaine élection présidentielle qui doit se dérouler à l’automne 2005.
Les banderoles brandies par les manifestants portaient les mentions : « Assez », « Non à l’hérédité du pouvoir », « Non, à un cinquième mandat ». Une autre banderole proclamait : « Non à Moubarak, à son parti et à son fils », tandis qu’une troisième proclamait : « 23 ans d’Etat d’urgence ont prouvé l’échec cuisant du système ».
L’Etat d’urgence a été proclamé en Egypte en 1981, à la suite de l’assassinat du président Anouar Al-Sadate et n’a pas été abrogé depuis.
Plusieurs dizaines de manifestants portaient un bâillon portant la mention « Assez » en signe de protestation. D’autres banderoles appelaient à la libération des familles des accusés dans les attentats du Sinaï (7 octobre) et exprimaient leur mécontentement après « la libération de l’espion israélien Azzam Azzam », échangé le 5 décembre contre six étudiants égyptiens arrêtés en territoire sous contrôle israélien, entre la bande de Gaza et l’Egypte.
Un des organisateurs de la manifestation, Mohamed Abdel Qoddous, président du Comité des libertés du Syndicat des journalistes, a déclaré à l’AFP qu’il s’agissait « d’une manifestation symbolique et non d’une manifestation de masse. C’est un premier pas ».
Des élections législatives et une présidentielle sont prévues en Egypte en septembre-octobre 2005.
Plusieurs centaines de policiers des brigades anti-émeutes armés de gourdins et casqués formaient cinq rangées autour du Palais de justice d’où des manifestants tentaient de haranguer la foule. Ils interdisaient l’entrée du Palais de justice et contenaient les manifestants en haut de l’escalier principal de l’édifice.
Selon la police, les manifestants, en commençant à s’adresser à la foule, ont violé l’accord passé avec les autorités d’organiser un rassemblement silencieux.
La manifestation s’est terminée par un hymne national dont les paroles ont été changées, chanté en choeur par les manifestants. « L’Egypte, mère du monde, tu connais encore l’opression en politique et en économie, tu mérites une révolution, mon pays », chantaient-ils. M. Moubarak, au pouvoir depuis 23 ans, aurait l’intention de briguer un cinquième mandat en 2005, mais aucune annonce officielle n’a été faite à ce sujet, malgré une motion de soutien votée par l’Assemblée du peuple (Parlement) pour l’appeler à se porter candidat.
Selon des rumeurs, le fils cadet de M. Moubarak, Gamal Moubarak, pourrait être investi par le Parti national démocrate (PND, au pouvoir) pour succéder à son père, après un cinquième mandat.
M. Moubarak et son fils ont cependant affirmé à plusieurs reprises qu’ils étaient contre l’hérédité du pouvoir.

• Réhab Abdel Dayem (AFP)

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