Elections à la congolaise

«Il y a la corruption dans la campagne électorale. Certains candidats distribuent des billets de banque aux électeurs», se plaint Nicéphore Fyla de Saint-Eudes, candidat aux législatives dans l’une des circonscriptions de Brazzaville. «Il y a ici des candidats qui battent campagne au nom du président Denis Sassou Nguesso et de son épouse. Ils distribuent de l’argent au nom du chef de l’État et de son épouse.
Le président est au-dessus de la mêlée», ajoute Fyla qui affronte dans la première circonscription de Poto-Poto (centre) cinq autres candidats, pour la plupart proches du pouvoir. Comme à Poto-Poto, les billets de banque passent d’une main à l’autre dans les autres circonscriptions de Brazzaville depuis le lancement le 10 mai de la campagne pour le premier tour des élections législatives prévu dimanche. Le second tour aura lieu le 23 juin, en même temps que les élections locales et municipales. Les candidats pourvus de moyens financiers parviennent à attirer des électeurs de leurs adversaires. Ainsi, dans une circonscription de Talangai, quartier nord de Brazzaville, un comité de soutien d’un candidat a éclaté faute d’argent. «Nous avons décidé de quitter Armel Sylvain Dongou parceque son rival nous a offert de l’argent. De toutes les manières, nous savons que l’argent va déterminer fondamentalement le choix des électeurs», explique Auguste Kanga qui dirigeait le comité. «Dongou n’a pas été en mesure de nous fournir des tee-shirts. Il ne fait que des promesses vagues sans se préoccuper de nous», ajoute Kanga. Dans les sept quartiers de Brazzaville, des candidats riches se sont substitués au gouvernement en réhabilitant des routes, en réfectionnant des écoles et des dispensaires.
Dans une circonscription de Talangai, René Blanchard Oba, candidat indépendant, a réhabilité une école primaire en ruine et l’a dotée de tables et de bancs. Non loin de là, deux candidats se sont disputés la réhabilitation d’une avenue jouxtant le cimetière de Latsiémé en bordure de la roue nationale 2 qui mène aux régions nord. D’autres candidats organisent de longs cortèges motorisés où des lecteurs brandissent des billets de banque. «La campagne est très pauvre. Il n’y a pas vraiment de débats réels sur les problèmes de la nation comme la pauvreté, le chômage des jeunes, la santé, l’école et le redressement économique. À la place, les candidats séduisent des électeurs avec l’argent et des promesses démagogiques», déplore un haut fonctionnaire congolais. Ces différents thèmes ne sont évoqués sommairement que par des affiches et banderoles placées en divers endroits de la capitale.
«Donnez la majorité à la Convention pour la démocratie et le salut (Codesa) pour qu’elle combatte la pauvreté et la mauvaise gestion», peut-on lire sur une banderole d’un candidat de l’opposition, au rond-point de Moungali (centre). la Codesa est le principal groupement des partis d’opposition. Aucun incident majeur n’a été signalé depuis le début de la campagne qui prendra fin, vendredi.

• Joseph Gouala (AFP)

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