Élections françaises : Israël sous le choc

Un ministre israélien a « exhorté » lundi les juifs de France « à faire leur valise », traduisant le choc provoqué en Israël par le résultat inattendu du chef de l’extrême droite française, Jean-Marie Le Pen, au premier tour de l’élection présidentielle. « Le vice-premier ministre et ministre de l’Intérieur Eli Yishaï s’est entretenu longuement lundi avec les dirigeants de la communauté juive de France et les a exhortés à faire leur valise et à immigrer en Israël », indique un communiqué du Shass, le parti ultra-orthodoxe sépharade qu’il dirige.
Il s’agit de la première réaction officielle israélienne à la percée réalisée par Le Pen qui affrontera le 5 mai, au second tour de l’élection, le président sortant Jacques Chirac, le premier ministre socialiste sortant, Lionel Jospin ayant été éliminé de la course. « Le ministre a exprimé son inquiétude face aux résultats de Le Pen et a affirmé que les juifs d’Europe en général, et les juifs de France en particulier, ne pouvaient demeurer indifférents face à l’ampleur croissante des attaques antisémites contre les établissements juifs alors que les autorités françaises font preuve de laxisme face à ces dangereux phénomènes », conclut le communiqué. De nombreux incidents antijuifs ont été récemment enregistrés en France, dans le contexte de la dégradation du conflit israélo-palestinien.
« Un Français sur six a voté dimanche pour le dirigeant de l’extrême droite qui a qualifié la Shoah de point de détail », soulignait le quotidien Yediot Aharonot, ajoutant en « Une » que « même des juifs ont voté pour lui à cause de leur haine des arabes ».
« C’est la surprise totale. Nous ne nous y attendions pas », a déclaré à l’AFP un responsable politique qui a requis l’anonymat.
« Cela dit, l’extrême gauche qui a, elle aussi, réalisé un score important dans ces élections, représente un plus grand danger pour Israël, les critiques les plus virulentes contre Israël venant d’elle » a-t-il souligné. Le Pen avait affirmé, dans une interview publiée vendredi par le quotidien israélien Haaretz, « comprendre totalement l’Etat d’Israël », dans son offensive militaire en Cisjordanie.
« Nous considérons avec inquiétude la montée (au pouvoir) de partis à tendances racistes et xénophobes et espérons que, dans le cas de la France, il ne s’agira que d’un incident de parcours », a déclaré un autre responsable sous le couvert de l’anonymat.
« Le choc est tel qu’il y aura un sursaut. Les Français en se rassemblant pour le 2ème tour autour de Jacques Chirac, sauront éviter le pire », a déclaré pour sa part à l’AFP, Ovadia Sofer, ancien ambassadeur d’Israël en France (1983-1992).
« Des résultats de l’élection s’élève le vent mauvais du néo-fascisme (…) Le Pen personnifie, par excellence, l’adhésion sans honte au racisme, à la nostalgie romantique du néo-fascisme (…) et l’oubli des péchés du régime de Vichy », affirme pour sa part l’ancien ministre des affaires étrangères Shlomo Ben Ami, dans une tribune parue en « une » du Yédiot Aharonot.
Le 10 avril, le gouvernement avait estimé que l’immigration des juifs de France était devenue « une exigence de l’heure » et annoncé la mise sur pied d’une commission interministérielle chargée d’en organiser les aspects pratiques.
En février, le premier ministre Ariel Sharon avait annoncé que l’Etat hébreu se livrait à « tous les préparatifs » pour recevoir les juifs de France, faisant part de sa « grande inquiétude devant (…) la très dangereuse vague d’antisémitisme » en France. Paris avait jugé « odieuses » ces accusations d’antisémitisme.
Un responsable de l’agence juive avait précisé que « malgré le climat antisémite, moins de 1.200 juifs français » avaient émigré vers Israël en 2001, « soit une baisse de 20% par rapport à l’an 2000 ».

• Jacques Pinto (AFP)

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