Élections tronquées en Algérie

Plus de la moitié des Algériens, soit près de 18 millions d’électeurs, sont invités jeudi à aller aux urnes pour renouveler leur assemblée populaire nationale dans un climat sans passion. Un tiers d’entre eux pourraient les bouder.
La résignation d’une bonne partie d’électorat persuadée de n’être jamais entendue, alors que celui-ci a fréquemment été sollicité ces dernières années, semble en effet de nature à entamer les effets à attendre de ce scrutin.
Il s’agit des troisièmes législatives pluralistes de l’histoire de l’Algérie indépendante. Les premières, dont le premier tour avait eu lieu en décembre 1991, avaient été annulées sous la pression de l’armée. Cette décision avait privé les islamistes d’une victoire électorale programmée, mais les avait poussés à prendre le maquis, déclenchant un sanglant conflit, qui a fait de 100.000 à 150.000 morts, et dont les effets se sont encore sentir aujourd’hui. En 1997, de nouvelles élections avaient été organisées, mais elles avaient été marquées par des irrégularités massives, selon une bonne partie de la classe politique, qui exprime également son scepticisme quant au prochain scrutin.
Celui-ci est boycotté par quatre partis d’opposition, dont les deux principaux, le ffs et le rcd, qui recrutent surtout dans la région insoumise de Kabylie, où l’agitation persiste après les émeutes qui ont fait une centaine de morts l’an dernier. « Cette élection est grevée par un défaut de crédibilité, d’autant la Kabylie s’en tient à l’écart, de même que les partis de l’opposition démocratique », explique un ancien ministre qui passe pour un fin analyste politique. « Organiser une élection dans ces circonstances, en l’absence d’une région entière, relève de l’imprudence la plus totale », a confié à reuters l’ex-ministre de la culture et de la communication Abdelaziz Rahabi.
Le retour du fln ? Les activistes de Kabylie ont décrété jeudi « jour de honte » tandis que ffs et rcd ont par ailleurs dénoncé une « répétition du scénario de 1997 » et accusent le gouvernement de vouloir se refaire une virginité démocratique. Abdelaziz Belkhadem, chef de la diplomatie algérienne, juge au contraire que ces élections consolideront les institutions et favoriseront « l’émergence d’un système démocratique respectueux des droits de l’Homme, de la liberté de parole et du pluralisme politique ». Le président Abdelaziz Bouteflika a invité les Algériens à se rendre aux urnes « en masse », mais un sondage d’opinion publié la semaine dernière par le quotidien El Watan (la nation) montre qu’un tiers des électeurs n’entend pas se déranger.
« Ce vote est inutile. Il confortera évidemment le système en place et balaiera en outre le peu de crédibilité qui reste aux institutions », estime l’écrivain Abed Charef. « Les gens sont profondément déçus par les hommes politiques en général, et les parlementaires en particulier », surenchérit pour sa part l’éditorialiste Mohamed Bahous du quotidien d’Oran, aussrant que le « pouvoir » a déjà décidé de la répartition des « quotas » de sièges par parti.
Personne ne doute que les partis de la coalition sortante remporteront le scrutin. Mais le Front de libération nationale (fln), ancien parti unique, dépoussiéré ces derniers temps par le premier ministre Ali Benflis, pourrait arriver cette fois en tête. Il devancerait le Rassemblement national démocratique (rnd), l’ancien parti « présidentiel » de Liamine Zéroual, prédécesseur de Bouteflika, qui dispose de 156 sièges sur les 381 de l’apn sortante. Dans la nouvelle assemblée, qui comptera huit sièges de plus, le Mouvement pour une société pacifique (msp) et Ennahda, deux partis islamistes dits modérés, devraient obtenir un petit nombre de députés, mais pas suffisamment pour influer sur le pouvoir.

• Abdelmalek Touati (Reuters)

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