Entre le jeu et la réalité

Les sages de la Haute autorité de la communication audiovisuelle (HACA) ont réagi avec la fermeté qu’il faut face au dérapage commis sur les ondes de Radio Mars lundi dernier. La déclaration faite par un jeune cinéaste marocain en direct sur cette Radio tout aussi jeune avait choqué ses auditeurs et étonné les observateurs de la chose publique. «Je veux devenir président de la république marocaine», avait dit Hicham Ayouch, réalisateur du film «Fissures» dont la sortie est prévue dans les prochains jours. Une déclaration absurde et impulsive qui ressemble, dans la forme, à son œuvre cinématographique qui, elle aussi, est basée sur l’absence préméditée de scénario préétabli.
Cette impulsivité vient de coûter à Radio Mars une lourde condamnation de la part de la HACA puisqu’elle  devra verser une amende équivalant à 1% de son chiffre d’affaires prévisionnel et procéder à une extinction d’antenne de 48 heures, ce qui constitue aussi une perte en recettes publicitaires et en audience. Un verdict très dur si l’on prend en considération le fait qu’il s’agit d’un forfait commis par un invité et dont la chaîne s’était immédiatement désolidarisée. Ses dirigeants ont même anticipé sur la décision de la HACA en prenant les mesures disciplinaires nécessaires à l’égard des responsables de l’émission en question. Mais les règles du monde de la Radio veulent que le principe juridique de la « responsabilité pour autrui» s’applique à la lettre. Il n’y a point d’excuses à l’erreur même quand elle est commise par un tiers. Surtout quand il s’agit des fondements constitutionnels. Certes, l’auteur de la forfaiture commise en direct affirme que son intention n’était pas de porter atteinte aux fondements institutionnels de l’État et que sa déclaration entrait dans le cadre d’un simple jeu chinois, mais il y a des limites entre le jeu et la réalité qui existent partout dans le monde. Et ce sont ces limites qui font la différence entre une société anarchique et une société organisée. Aussi, jouer est une très bonne chose et c’est même bénéfique pour la santé morale et psychique. Mais, n’apprend-on pas, dès son jeune âge, qu’il existe toute une liste de choses avec lesquelles il ne faut pas jouer ? D’ailleurs, c’est quand on acquiert une capacité de discernement qui permet de savoir par soi-même la limite entre le jeu et la réalité que l’on sort de l’enfance et que l’on devient adulte.

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