Espionnage et pommes de terre

Le directeur du Centre national d’intelligence espagnol (CNI) soupçonne ses agents d’espionnage. Alberto Saiz Cortés, qui porte aussi le titre de secrétaire d’Etat, a commandé une enquête interne pour démasquer des taupes qu’il y aurait au sein de ses services.
Dix agents sont dans la ligne de mire du patron des services secrets espagnols. Selon des informations relayées par la presse madrilène, les personnes soupçonnées ont été invitées à passer le test du polygraphe. Sept ont accepté d’affronter cette machine supposée détecter les mensonges et trois ont refusé de se soumettre à cet examen qu’ils ont jugé humiliant. Sur ce point, le service juridique de leur administration leur a donné raison.
Mais, M. Saiz veut aller jusqu’au bout pour démasquer la taupe. Car, avoir un espion au sein du service d’espionnage est la pire des choses qui puissent arriver dans le monde du renseignement et de la sécurité. Mais, le problème, c’est que le directeur du CNI ne cherche pas à démasquer une taupe dans le sens conventionnel du terme. Il cherche plutôt à savoir qui a exfiltré des informations concernant sa mauvaise gestion du Centre d’intelligence. En effet, un dossier confectionné par des agents secrets a été publié la semaine dernière par la presse écrite.
Selon ce document, on reproche à M. Saiz les abus suivants : – il aurait aménagé sa résidence personnelle sur le compte du CNI (350.000 euros) ; il aurait ordonné à des agents de la brigade des scaphandres de nettoyer sa piscine ; il utiliserait un tout-terrain du service pour aller faire de la chasse et demander après aux agents de le nettoyer des traces de sang du gibier ; des agents du service se changeraient, chaque année, d’acheter à un membre de sa famille en Galice un chargement de pommes de terre et de transporter la marchandise à Madrid ; et il aurait aussi demandé à ce qu’on mette sur écoute le téléphone du domicile de l’un de ses amis parce que ce dernier voulait espionner son assistante qu’il soupçonnait de parler tout le temps à son copain. 
Voilà ce qui va être le scandale de l’été en Espagne. Une affaire d’espionnage du patron du service d’espionnage censé espionner le reste du monde pour défendre les intérêts du Royaume d’Espagne.
Or, on découvre que le patron du service consacrait son temps à faire de la chasse tant en Espagne que dans des pays exotiques et à faire de la culture de patates. Fini le temps de l’espionnage des décideurs marocains, de l’infiltration des mouvements islamistes dans les pays avoisinants, des grandes réunions avec les patrons des services amis et des rencontres discrètes avec les partenaires, etc.
Le grand jeu des grands patrons de services qui ont fait l’histoire du monde est fini. Mais, il fallait s’y attendre. Car, quand on nomme un ex-directeur des eaux et forêts comme M. Saiz à la tête d’un service aussi sensible que le CNI, il est normal de le retrouver en train de vendre des pommes de terre. 

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